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CONCLUSION.
ments essentiels de la question d’Orient, il fallait aboutir
à cette inévitable solution, la destruction de l’empire otto
man, qui se présentait comme un indéniable fait histori
que, né au XVII* siècle, grandi depuis, irrésistible, capable
désormais d’emporter toute réaction, fatal.
III. — Position actuelle de la Question d’Orient.
Il est difficile de séparer l’histoire de la politique quoti
dienne, et, parmi le réseau serré des dépêches de toute
origine et des nouvelles plus ou moins vérifiées, de distin
guer les phénomènes d’aujourd’hui qui deviendront l’his
toire de demain. En ce triage toujours délicat, il faut
surtout se garder d’exagérer l’importance des faits
immédiatement contemporains, qui, parce qu’ils rem
plissent les journaux et font baisser la rente, s’imposent à
l’attention et risquent d’effacer les lignes essentielles de
révolution politique. Le moyen de les réduire à leur vraie
mesure est de les envelopper dans le milieu historique
dont ils ne sont que des épisodes.
Or, même en tenant compte des circonstances tempo
raires qui peuvent en altérer momentanément l’aspect
général, voici, semble-t-il, les grands traits historiques
auxquels se ramène aujourd’hui la Question d’Orient.
La renaissance des nationalités chrétiennes dans les
Balkans est assurément l’un des plus remarquables, le
plus remarquable peut-être.
Quand Mahomet le Conquérant fut entré dans Constan
tinople et qu’il eut transformé Sainte-Sophie en mosquée,
il en fit recouvrir toutes les peintures d’un enduit de chaux
et flanqua la coupole de deux minarets. Les minarets sont
îaciles à abattre, et Sainte-Sophie reprendrait aisément son
premier caractère de basilique chrétienne ; l’enduit de chaux
musulmane n’a servi qu’à préserver les peintures chré
tiennes de l’action du temps; il s’effrite aujourd’hui, tombe
par morceaux lamentables, et les images, les mosaïques
du temps de Justinien reparaissent aussi fraîches, aussi
brillantes qu’autrefois ; elles ne forment pas encore un tout,
et leur dessin est encore indistinct : mais d’année en année
leurs plaques lumineuses grandiront, se rejoindront, Sainte-
Sophie reprendra toute sa beauté première.
Successivement se sont formés le Monténégro, la Grèce,
la Serbie, la Roumanie, la Bulgarie, et le destin ironique