POSITION ACTUELLE DE LA QUESTION D’ORIENT. 393
A l’autre bout du monde musulman, à travers les pays
arabes qui forment l’autre moitié des terres où règne le
Coran, l’expansion française en Afrique est presque aussi
remarquable. Elle aussi s’est continuée sans interruption
depuis 18-10, par l’Algérie sous Louis-Philippe, le Sénégal
sous Napoléon 111 et surtout le Soudan de nos jours. Tant
d’héroïques efforts y sont actuellement faits qu’on s’oblige
à croire qu’ils attirent les préoccupations essentielles du
gouvernement et expliquent les sacrifices faits dans le Le
vant au maintien du statu quo.
Sans abandonner les excellentes et très anciennes posi
tions qu elle occupe en Syrie, en Égypte, et sur lesquelles
il peut être un jour utile de fonder quelque nouvelle con
ception politique, elle absorbe peu à peu — car elle a,
comme la Russie, une grande force d’assimilation — les
États musulmans de l’Afrique occidentale ; elle tient la plus
grande partie du bassin du Niger; elle remonte au nord
du Congo, le long de 1 Oubanghi, jusqu’à l’hinterland de la
Tripolilaine. Elle exploite habilement les sympathies dont
elle jouit en Éthiopie pour y faire passer une autre voie de
pénétration vers le Nil ; et, aux confins septentrionaux des
pays noirs, comme la Russie vers le Pamir, elle ferme le
cercle dont les puissances chrétiennes enserrent l’Islam
par le Sud.
Les Anglais, dans le même temps, se sont ouvert la
route de l’Inde à travers les pays musulmans. C’est l’his
toire d’une politique qui pendant un siècle s’est soutenue
avec une constance remarquable et a enregistré les plus
notables succès. Maîtres de Gibraltar dès le début du
xvm* siècle, ils ne s’étaient pas engagés aussitôt dans la
Méditerranée, et on a vu en 1770 un officier de la marine
anglaise, Elphinston, servir de pilote à la flotte russe
d’Alexis Orlof menaçant Constantinople. L’Angleterre ne
s’occupa naturellement de cette nouvelle route de l’Inde
que lorsqu’il fut question de l’ouverture d’un canal de
Suez. Dès lors elle sut s’en assurer l’accès. Elle prit et
garda Malte dont les ambitions de Bonaparte lui révélaient
la valeur stratégique. Elle eut jusqu’en 1863 le protectorat
des lies Ioniennes. Elle eut Aden en 1839, Chypre en
1878, la domination effective de l’Égypte en 1882. Elle
disposa des deux routes de l’Inde, celle du Cap et celle de
la mer Rouge.
Elle acheva dans la répression des cipayes la destruction