Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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BYZANCE ET STAMBOUL. 
aussitôt contre les Turcs. Le xvi® siècle du moins fut pour 
eux le grand siècle. De la mer Adriatique au Gange et au 
golfe du Bengale, des steppes de la Russie méridionale ou 
du Turkestan jusqu’aux sables de l’Arabie et du Sahara, ils 
refirent, par leurs diverses tribus, un empire plus vaste que 
l’empire arabe, que l’empire d’Alexandre. Jamais l’Islam ne 
fut si redoutable ; la chrétienté trembla, maintes fois se 
croisa, sans beaucoup d’enthousiasme néanmoins. 
Les Ottomans furent puissants surtout sous Sélim et 
Soliman. A la mort de Mahomet II, en 1481, son fils 
Bayézid II s’empara du pouvoir, et en écarta son frère 
Djem. Il ne le fit pas tuer : la coutume du fratricide d’Etat 
s’établit seulement sous son successeur; mais il le vainquit 
et le força à quitter l'Empire. On connaît les mésaventures 
de ce Djem ; il erra à travers l’Europe en quête de protec 
tions et d’alliances ; il tomba ensuite entre les mains du 
pape Alexandre VI Borgia. Quand Charles VIII envahit 
l’Italie, il se fit remettre le prince turc comme otage : il 
pensait se servir de lui quand il attaquerait Constantino 
ple ; héritier de la maison d’Anjou à Naples, il avait hérité 
aussi ses ambitieux desseins sur l’empire d’Orient ; ils 
furent encore plus vains chez lui que chez les précédente 
maîtres du royaume. Djem, qui avait, pour son malheur, 
trop longtemps vécu dans la maison des Borgia, mourut, 
au bout de peu de jours, dans le camp français, « de cho 
ses, dit un contemporain, qui ne convenaient pas à son 
estomac ». 
Bayézid II n’eut pas un règne glorieux. Il reçut du der 
nier souverain musulman de Grenade, Boabdil, un appel 
pressant contre les Espagnols ; le sultan en fut très ému, 
mais ne fit rien pour y répondre. L’Islam fut rejeté en 
Afrique, où les Espagnols le suivirent, et plus tard d’au 
tres nations chrétiennes : premier recul du Croissant, au 
moment même de ses plus éclatants triomphes. 
Bayézid fut renversé du trône en 1512 par son fils 
rebelle Sélim. Mauvais fils, il fut un frère féroce : il édicta 
et appliqua cette loi qu’un sultan, à son avènement, pour 
éviter toute compétition, peut et doit faire périr ses frères. 
Jamais la raison d’État n’a produit de plus effroyable 
maxime. 
Il régna sans rivaux en effet, mais huit années seule 
ment. Il les employa très bien. Il ne fit pas la gu ene aux 
chrétiens de l’Europe, et c’est pourquoi son nom est
	        
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