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BYZANCE ET STAMBOUL.
envoyés, Jean de la Forêt, alla trouver Soliman enMcsopo
tamie, et signa avec lui le traité de Belgrade (1535).
Les deux alliés coordonnèrent très habilement leurs opé
rations. Khaïr-ed-din Barberousse et le comte d’Enghien
unirent les flottes ottomane et française dans les eaux génoises
et bombardèrent ensemble Nice, qui fut affreusement ruinée.
Toulon fut alors le port d’attache de nos amis les Turcs ; on
avait eu soin pourtant, avant leur arrivée, d’en faire sortir
les femmes et les enfants.
Dans le même temps, Soliman reprenait ses campagnes
en Hongrie. Après Louis 11, son beau-frère, Ferdinand d’Au
triche, le frère de Charles-Quint, fut élu roi de Bohême et
de Hongrie. Dans ce dernier pays, un compétiteur se leva
contre lui, Jean Zapoly, prince de Transylvanie, qui, pour
mieux réussir, sollicita l’appui des Turcs. Soliman le lui
accorda et l’établit à Bude. Après sa mort en 1540, Soliman
ne laissa à son jeune fils Sigismond Zapoly que la princi
pauté de Transylvanie ; Ferdinand d’Autriche ne posséda
que la Hongrie occidentale, le long des dernières pentes des
Alpes. Le sultan garda pour lui la vallée même du Danube,
ou la Hongrie proprement dite ; il y mit un beglierbeg, et
Bude fut, pour un siècle et demi, le boulevard avancé de
l’Islam vers l’Europe centrale.
L’alliance franco-turque avait donc été fructueuse ; elle
avait contenu la puissance de la maison d’Autriche. Elle eut
pour la France des avantages durables ; ils résultent des
capitulations de 1535. Les Français eurent le droit de faire
le commerce dans tous les ports de l’empire ottoman ; les
vaisseaux des autres États n’y purent paraître que sous le
pavillon français. La France obtint aussi pour ses natio
naux la liberté religieuse la plus complète et la garde des
Lieux Saints ; ce qui comportait une sorte de protectorat
sur les chrétiens de l’empire ottoman. Ces souvenirs ne sont
pas effacés : soutenue par les Turcs au xvi* siècle, la France
leur a rendu plus tard le même service, et l’alliance turque
commença d’être une des traditions essentielles de sa diplo
matie.
L’empire ottoman a atteint alors ses plus extrêmes limi
tes. Sauf les possessions vénitiennes de Chypre, Candie,
Corfou et de la côte dalmate de Zara, héritage des Croisés
que la Sérénissime Seigneurie a su habilement s’attribuer,
Soliman règne de Bassora sur le golfe Persique à Bude sur
le Danube. Trébizonde a succombé. Les Tartares de Crimée,