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LA QUESTION D’ORIENT AU XVIII' SIECLE.
Trois grands faits politiques ont marqué l’histoire générale
du XVII® et du xviii® siècle. Tous les trois ont intéressé
la question d’Orient, et, du Danube au Gange, modifié la
condition de l’Islam, menacé son avenir.
La Russie du xix® siècle semble hésiter entre sa « vocation
occidentale et sa vocation orientale », entre l’Europe
et l’Asie. Il en fut presque ainsi de l’Autriche auparavant ;
elle hésita entre l’Allemagne et les Balkans, entre le Rhin
et le Danube. D’origine allemande, titulaires depuis le
XV® siècle de la couronne du Saint-Empire Romain Germanique,
héritiers par là du dogme ancien de la souveraineté
universelle, du dominium mundi, les Habsbourg portèrent
plus d’attention aux affaires allemandes qu’à leurs intérêts
mêmes sur le Danube moyen. La politique de Charles-Quint
les éblouit longtemps, et ils furent longtemps, à cause de
cela, inconscients de la nouvelle destinée de leur État. Les
traités de Westphalie commencèrent à les éloigner du Rhin ;
la souveraineté reconnue à chacun des nombreux petits
princes de l’Allemagne, l’impuissance de l’Empereur dans
l’Empire, l’influence française solidement établie sur les
pays rhénans, portèrent l’action de l’Autriche dans une
autre direction. Ce fut d’abord malgré elle; et Léopold I®®
resta, pendant tout son règne, attaché à la politique impériale
de ses ancêtres, ne manqua pas d’entrer dans toutes
les coalitions formées contre I.ouis XIV, pensa établir son
second fils, l’archiduc Charles, sur le trône d’Espagne et
restaurer ainsi l’empire de Charles-Quint. Les traités
d’Utrecht, de Rastadt et de Bade arrachèrent enfin cette
espérance aux Habsbourg. L’Espagne fut aux Bourbon.
La politique prussienne inaugurée par Frédéric II, la prétention
désormais affirmée par les Hohenzollem de disputer
aux Habsbourg catholiques la domination de l’Allemagne
protestante achevèrent de déterminer l’orientation nouvelle
de l’Autriche ; elle évolua décidément vers le Danube moyen,
vers la Hongrie; elle redevint la Marche Orientale, l’CEsterreich
qu’elle avait été aux origines ; elle reprit la lutte
contre les invasions venues de l’Asie. En se retournant, elle
se trouva face à face avec les Ottomans.
La Russie, délivrée des Tardares de la Horde d’or, délivrée
de l’influence polonaise par l’avènement des Romanof,
limitée au nord par la puissance suédoise, se rapprocha
dans le même temps de la mer Noire et du Danube, dont les
Mongols l’avaient violemment écartée depuis le xiii* siècle