Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

AUTRICHE, RUSSIE, ANGLETERRE. 
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Pierre le Grand lui donna figure européenne et l’in^ 
troduisit brutalement, malgré elle, par la plus vigoureuse 
action qu’un homme ait jamais exercée sur son peuple, dans 
le « concert » des États européens, selon la formule consa 
crée. Dès lors, la Russie revendiqua son héritage, malgré la 
prescription acquise, retrouva par-dessus les siècles les 
droits de Sophie Paléologue, femme d’Ivan III, réclama 
audacieusement Constantinople. Mais ce n’était pas seule 
ment pour elle une vaine question de succession; c’était 
une suite de la croisade chrétienne contre les Musulmans, 
usurpateurs de la Terre d’Europe et des Lieux Saints ; c’était 
le grand œuvre de la libération des Chrétiens persécutés 
par les Infidèles, des Slaves écrasés sous l’oppression des 
Asiatiques. A qui donc ce rôle pouvait-il appartenir mieux 
qu’au chef de la religion orthodoxe, qu’à l’empereur de la 
grande nation slave? N’y était-il pas providentiellement 
voué? Il eût forfait à s’y dérober. C’était même pour la 
Russie une nécessité économique, qu'elle a mieux comprise 
au XIX® siècle, que de s’assurer des débouchés sur la mer 
Noire et la Méditerranée, et elle la sentait déjà instinctive 
ment. Pour elle aussi, bien plus même que pour l’Autriche, 
les Ottomans étaient les ennemis naturels. Les Habsbourg 
allemands abdiquaient en quelque sorte leur nationalité en 
se faisant les défenseurs des Magyars et des Slaves contre 
les Turcs, et les Romanof slaves pouvaient, à plus juste 
titre, se proclamer les champions des Slaves contre l'ennemi 
commun de leur foi et de leur race. Et ainsi s’annonça dès 
lors la rivalité de l’empereur de toutes les Russies et de 
l’empereur d’Allemagne à la poursuite du même dessein, 
l’un et l’autre se pouvant dire historiquement les héritiers 
des empereurs romains, destinés l’un et l’autre par leur 
titre à la conquête de l’ancienne capitale de Constantin. Le 
dernier mot de cette rivalité n’est pas dit. Elle a maintes 
fois déjà sauvé les Ottomans de la défaite suprême. 
Enfin l’Angleterre acheva, au xvii® et au xviii® siècle, de 
conquérir ses libertés parlementaires. Maîtresse de ses 
destinées nationales, consciente de ses intérêts, et capable 
de les développer sans obstacle constitutionnel, elle aspira 
aussitôt à l’empire des mers, et dès le début fit en ce sens 
les efforts les plus heureux parce qu’ils furent merveilleu 
sement ménagés, avec une sûreté et une audace qui sont 
une des grandes leçons de l’histoire. 
Comme si le moment était venu de grouper autour de la
	        
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