Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

44 LA QUESTION D’ORIENT AU XVIII« SIÈCLE. 
fut plus habile ; vainqueur de l’insurrection de Rakoczi, il 
entama des négociations avec l’aristocratie hongroise, et en 
1711, l’année même de sa mort, il signa avec ses représen 
tants la convention de Zathmar : moyennant leur soumission 
définitive, il leur laissa les privilèges auxquels ils tenaient 
le plus. Les Hongrois furent de loyaux sujets des Habsbourg ; 
ils allaient même contribuer maintes fois au salut de la 
monarchie autrichienne. 
Le prince Eugène donna aux pays compris entre la Drave 
et la Save des institutions militaires particulières. 11 y 
appela des colons de la Serbie, heureux d’échapper au joug 
ottoman; il fit d’eux les gardiens de la frontière. Ce furent 
les Confins militaires, la « marche » moderne de la monar 
chie des Habsbourg, le boulevard avancé d’où elle allait 
surveiller les transformations politiques de la péninsule 
des Balkans. 
La guerre de la succession d’Espagne la détourna encore 
vers l’Italie et les Pays-Bas, où le prince Eugène alla cher 
cher d’autres victoires. Pierre le Grand tenta d’en profiter 
pour brusquer les événements ; le congrès de Carlowitz ne 
lui avait assuré qu’un maigre butin. Dès le lendemain de 
ce traité, une ambassade russe, en grand équipage, montée 
sur un vaisseau de guerre, la Forteresse, parut à Constan 
tinople et causa chez les Ottomans la plus vive émotion : 
la mer Noire n’était donc plus un lac ottoman? Elle n’était 
plus « la fille inviolée des sultans » ? 
D’autre part, les Turcs envoyèrent, à partir de ce 
moment, des hospodars de race grecque en Moldavie et en 
Yalachie: peut-être pensaient-ils de cette façon donner 
quelque satisfaction à leurs peuples. Mais ces hospodars 
grecs, les Mavrocordato, les Cantacuzène, les Ypsilanti, 
nommés pour trois ans, accablèrent leurs administrés d’im 
pôts et de vexations variées; et leurs victimes prirent 
l’habitude de s’adresser à la Russie et de compter sur son 
intervention. 
L’occasion se présenta une première fois en 1710. Le roi 
de Suède, Charles Xll, était venu se faire battre par Pierre 
le Grand à Pultava en 1709 et avait trouvé un asile en 
Turquie. Établi à Bender sur le Dniester, près de la fron 
tière russe, il s’efforcait de faire comprendre au sultan que, 
comme les Suédois, les Ottomans avaient dans la Russie 
leur plus redoutable ennemie et qu’il leur fallait aussitôt 
s’unir pour la rendre impuissante. Pierre le Grand parut
	        
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