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LE GRAND DESSEIN DE NAPOLÉON.
sultan et tout le monde, et compromit la situation de son
gouvernement.
Le général Aubert-Dubayet, qui le remplaça bientôt, fut
plus habile. Très droit, très ferme et très prudent, il exerça
vite sur la Porte une grande influence ; il obtint le rétablis
sement intégral des capitulations de 1740. Comme il était
l’un des meilleurs soldats de la République, qu’il s’était
illustré au siège de Mayence, il excitait une vive admiration.
Le sultan lui demanda des ingénieurs, des officiers instruc
teurs, des ouvriers d’artillerie, des canonniers et des ca
nons, et le chargea de former les Turcs aux nouvelles
méthodes militaires. Sous la direction du général, il y eut
déjà un corps de 800 canonniers turcs, une cavalerie tur^
que exercée à la française, et une infanterie armée de fusils
français, manœuvrant comme les grenadiers de l’armée de
Sambre-et-Meuse. On l’appela l’infanterie des nizam-
gediites ou de la nouvelle ordonnance.
Mais le Directoire eut ensuite une politique provocante
qui inquiéta la Porte.
Bonaparte, maître de l’Italie après la prise de Mantoue
et pendant les négociations du traité de Campo-Formio,
songe à ses destinées : il faut abattre l’Angleterre, pour
cela conquérir la Méditerranée, prendre Gibraltar et Malte,
occuper l’Égypte, accomplir « le rêve qui, depuis les croi
sades, hante les imaginations françaises ^ ». — « C'est en
vain, écrit-il alors au Directoire, que nous voudrions sou
tenir l’empire de Turquie ; nous verrons sa chute de
nos jours. » Aussi attribue-t-il une importance spéciale
à la possession d’Ancône et des îles Ioniennes, « stations
naturelles sur la route du Levant ». Il va jusqu’à dire, dé
passant peut-être sa pensée ; « Les îles de Corfou, de Zante
et de Céphalonie sont plus intéressantes pour nous que
toute ITtalie ensemble. »
Il adresse une lettre, le 30 juillet 1797, au chef des Maï-
notes, «f ces dignes descendants de Sparte, le seul peuple de
l'ancienne Grèce qui ait su conserver sa liberté. » Quelques
mois après, il écrira à Ali, pacha de Janina, en l’appelant
« mon très respectable ami, » et lui enverra un de ses aides
de camp, pour lui faire « certaines ouvertures ».
Le traité de Campo-Formio, le 17 octobre 1797, à l’imi
tation des traités de partage de la Pologne, opéra le dé
i. Sorel, Bonaparte et Hoche en 1797, p. 93.