l6o LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE.
et la menuiserie, la salle de tracé, le bureau de dessin, etc.,
portent la marque du meme esprit pratique.
Tout, dans les Chantiers Nantais, est sacrifié à la pro
duction économique et rapide.
Une cale ne reste jamais inoccupée plus de vingt-quatre
heures. Je visite les chantiers un mardi ; le samedi précé
dent, un voilier avait été lancé et, sur la cale qui lui servit
de berceau, la quille du suivant est déjà assemblée. Tout à
côté, les « couples » du milieu d’un autre voilier ont été
montés en quatre jours ; sur la troisième cale, en un mois,
un trois-mâts s’est trouvé bordé et recouvert.
En cet endroit, désert il y a encore deux ans, 85o ouvriers
s’empressent au travail dans l’assourdissante cadence des
marteaux qui retombent sur le rivet et l’enfoncent dans la
coque. Dur travail que celui du rivetage ! Trois hommes et
un apprenti ou manœuvre sont employés à la même opéra
tion ; l’apprenti fait passer les rivets, (jui sont mis à chauifer
sur une forge portative ; deux des riveurs frappent à coups
redoublés d’un long marteau sur la tige rougie pour l’en
foncer dans le bordage, tandis que le troisième, à l’aide
d’un marteau faisant office de repoussoir, reçoit et écrase
contre la paroi intérieure du bâtiment l’extrémité du rivet,
après que celui-ci a traversé les tôles dont il assure la jonc
tion.
C’est, si l’on vent, suivant une expression bien souvent
employée, « le mode de couture » des feuilles de tôle qui
constituent l’enveloppe, les ponts, en un mot la carcasse
d’un navire. Des riveuses pneumatiques, inventées aux
États-Unis, fonctionnent dans certains chantiers français ;
elles permettent de faire un travail plus rapide avec un
moindre effort, puisipie c’est la machine et non l’homme
qui enfonce le rivet. Je n’en ai pas vu à Cliantenay.
Ici, le marchandage est pratiipié sur une vaste échelle.