JUGA ET CAPITA : NATURE ET SIGNIFICATION $
Caput, capitatio peuvent donc s’entendre de choses dnalogues au
jugum, à la jugatio, c’est-à-dire désigner une unité fonciére. Mais
nous venons de voir également que, analogues au jugum et à la
jugatio, le caput et la capitatio ne leur sont pas identiques.
Cependant, étant donné 1° que le jugum est l’étendue de terrain à
la culture duquel suffit un joug de bœufs pendant une année, une
« charruée », comme on a dit au Moyen Age‘, 2° que la valeur
fiscale du caput lui est identique et repose sur une estimation
foncière, il's’ensuit que le caput est, lui aussi, une « charruée® ».
D’où vient donc que les deux mots et les deux choses soient
distingués ? |
Nous avons vu* que, sous le Bas-Empire, pour le moins, les
grands domaines de l’Empire s’étaient scindés en deux parties iné-
gales. Le propriétaire, renonçant à exploiter directement l’ensemble,
ne conservait plus sous sa direction qu’une portion des terres de
labour, prés fauchables, vignobles. Elle constituait une réserve sei-
gneuriale, l’indominicatrm. L'autre part, sensiblement plus étendue *,
était abandonnée à de petits fermiers, les colons ; ceux-ci devaient
des redevances en nature et en argent et, en outre, des « manœu-
vres » et corvées sur la réserve qu'ils contribuaient à mettre en
valeur, avec le concours des esclaves, quand il y en avait.
Les tenures de ces colons, sous l’empire de nécessités écono-
miques et fiscales, ont dû être constituées de manière à fournir le
même rendement.
Ce n’est pas à dire que les lots fussent uniformes, loin de là : la
superficie des terres de labour, vigne et prés de chacun d’eux est
très différente, si l’on en juge d’après les polyptyques de l’époque
1. Voy. p. 2, note 8.
2. La chose est certaine : la traduction grecque, Luyoxepadh, veut dire « joug,
charruée » (Voy. plus haut, p. 50, note 3). — L'hypothèse de Huschke (Census
Steuerverfasung, 1847, p. 170 et suiv.) que la capitatio est un impôt sur la fortune
mobilière, a été acceptée par Mispoulet, Matthiass, G. Humbert, Glasson
3. Voy. p. 33-36.
4. Le polyptvque de Saint-Germain-des-prés, le seul qui nous ait conservé des
renseignements abondants et sûrs, nous montre que la réserve seigneuriale, pour
20 domaines, ne renferme que 4 836 hect. pour les terres de labour, vignes et prés,
contre 16 484 hect. pour les tenures, soit moins du quart du total : 21 320 hect,
(Voy. les relevés de L. Halphen, Études critiques sur l'histoire de Charlemagne,
p- 275). Naturellement cet exemple ne peut pas avoir une portée générale, mais il
est évident que l’indominicatum doit être moins étendu que les tenures : autrement
îilne pourrait être mis en valeur.