LE MODE FXISTANT '
procurer, étaient rares et peu variées. De nos jours au con-
traire, les richesses et les jouissances qui y sont attachées
se sont prodigieusement multipliées, en sorte que les riches
peuvent puiser à pleines mains dans les bazars de cette foire
aux vanités tandis que les pauvres en sont réduits à regarder
avidement à travers les vitrines.
Et encore si l’inégalité des fortunes n’impliquait que des
inégalités de jouissance ou de puissance ! Mais la statistique
montre que la vie moyenne est trois fois plus longue dans
les classes riches que chez les pauvres (1), en sorte que, par
une cruelle ironie du sort, d'autant plus petite est la part de
richesses qui revient à un homme et d’autant plus grand est
le tribut qu’il doit payer à la maladie et à la mort, Et pis
encore ! plus l’homme est pauvre, plus grand est le tribut
qu’il doit payer au vice et au crime, car les statistiques
montrent aussi, ce que le raisonnement a priori suffisait à
faire prévoir, que la criminalité des classes pauvres est supé-
rieure à celle de la classe aisée. En sorte que la science
moderne a fait crever comme une bulle de savon cetaxiome de
la morale banale que la pauvreté a pour compagnes la santé
et la vertu. Les pauvres n’ont plus même cette conso-
lation.
Enfin, l’inégalité des richesses n'apparaît nullement comme
naturelle, mais bien plutôt comme artificielle, comme la
résultante d’une certaine organisation sociale, de cer-
taines institutions économiques, telles que la propriété ou
(1) D'après les statistiques de la ville de Paris (Annuaire Statistique du
Dr Bertillon, 1912), voici le taux de la mortalité dans quelques quartiers de
Paris : elle varie de plus de t à 4!
Porte Dauphine. . 79 p. 10.000 Père-Lachaise . . 237 p. t0.000
Champs-Elysées. . 90 D Salpêtrière. . . . 335 D
Pour qui connaît les quartiers de Paris, la comparaïson entre les deux
colonnes est suffisamment claire et telle qu'elle donne le frisson. Entre les
Champs-Elysées et le Père-Lachaise (c'est le nom du grand cimetière bien connu
des Parisiens) quelle opposition symbolique !
L'inégalité est la même et pire pour la mortalité infantile. Voir l'article
de M. Hertz l'inégalité devant la mort dans la Revue d'Economie Politique
de mai-juin 1920.
Dans les statistiques du suicide, quoique les causes soient nombreuses et
diverses, la misère figure toujours au premier rang et hors de pair.
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