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LA HONGRIE
Le juif remercia et sortit.
Le lendemain, il débarqua à Vienne et alla voir Biedermann.
— Combien vaut cette perle? lui demanda-t-il.
— Cette perle, cette perle, fit Biedermann en la tournant et la retour
nant dans ses doigts... Dites-moi d’abord comment il se fait quelle soit
entre vos mains.
Les explications du juif parurent insuffisantes à Biedermann, qui envoya
un de ses commis chercher un commissaire de police L’homme à la perle
fut arrêté, conduit en prison, et enfin interrogé. Il se confirma que tout ce
qu’il avait dit était vrai ; qu’il s’appelait bien Isaac Roth ; qu’il était de Grand-
C’est une perle noire authentique, répondit le joaillier.
Wardein, et que, tenant une pension, il avait reçu en gage cette perle noire
d’un de ses pensionnaires, ancien domestique du comte Bathyany, qui la
lui avait donnée à sa mort. La perle ornait primitivement une épingle de
cravate en or, qui avait été vendue.
Biedermann savait que les trois seules perles noires que I on connût, il
y a cinquante ans, appartenaient à la couronne d’Angleterre, et qu elles
avaient été volées; il informa aussitôt le gouvernement britannique de la
trouvaille, et offrit la perle pour cinquante mille francs.
Ce prix fut accepté sans marchander.
Comment cette perle était-elle devenue la propriété du comte Bathyany ?
Il 1 avait probablement achetée d’un marchand de curiosités, et il fallait
qu il en ignorât la valeur, pour l’avoir laissée en souvenir à un de ses
domestiques.
Un des principaux attraits de curiosité des rues de Pest, ce sont les