218 ÉVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA BELGIQUE
une concurrence sérieuse aux articles courants de la
fabrique mécanique. Il ne reste plus à la cordonnerie
bruxelloise que l’article de luxe et subsidiairement
l’article soigné (1).
A Louvain, beaucoup de cordonniers s'estimeraient
heureux de gagner 1500 francs par an. Plusieurs envient
le sort de l’ouvrier, qui n’a pas à se préoccuper de
faire rentrer des créances douteuses, d’avoir l’argent
pour payer les traites à l'échéance et qui est certain
de toucher l’intégralité de son salaire à la fin de la
semaine (2). Le métier ne suffit plus pour nourrir
l’homme ; il faut y ajouter d’autres occupations. Certains
cordonniers le dimanche se font barbiers, facteurs
suppléants, serveurs, etc. D’autres tiennent soit
un cabaret, soit un magasin d’épiceries, de merceries
ou autre. D’autres ne pourraient subvenir aux
charges du ménage sans l’appoint du travail de leur
femme (3).
Nous observons le même phénomène à Lierre. Beaucoup
de cordonniers se sont adjoint une autre profession
: ils tiennent pour la plupart un magasin d’aunages,
de légumes ou un estaminet (4).
La crise sévit aussi dans les petites communes. A
Ostende, plusieurs petits patrons cordonniers ont dû
(1) Commission Nationale de la Petite Bourgeoisie. Enquête écrite
v. I, p. 9.
(2) Ib. p. 315.
(3) Ib. p. 316.
(4) Ib. Enquête orale, v. II, p. 572.