Full text : L'évolution industrielle de la Belgique

220  ÉVOLUTION  INDUSTRIELLE  DE  LA  BELGIQUË

Le  cordonnier  tombe  donc  au  rang  du  savetier.  A
Bruxelles,  les  petits  patrons  ruinés  s’emploient  avec
plaisir  à  réparer  les  produits  des  fabriques  elles-mêmes ­
  (1).  A  Anvers,  certains  cordonniers  sont  obligés
par  la  nécessisé  de  se  présenter  comme  réparateurs
dans  les  dépôts  des  grandes  fabriques  où  en  général
on  accepte  les  réparations,  mais  où  on  ne  les  exécute
pas  (2).
La  statistique  prouve  que  ce  phénomène  de  dépérissement ­
  est  général.  Malgré  le  développement  des  grandes ­
  fabriques  mécaniques,  occupant  plus  de  100  et  200
ouvriers,  il  y  a  en  moyenne  par  patron  moins  d’ouvriers
en  1846  qu’en  1896.  Alors  que  le  nombre  des  Maîtres
s’est  accru  de  79.8  °/ 0 ,  celui  des  ouvriers  n’accuse  qu’une
augmentation  de  16  S  °/ 0 .
Le  métier  du  cordonnier  est  arrivé  à  la  dernière
phase  de  son  évolution.  Il  ne  reste  plus  que  les  anciens ­
  artisans  qui,  trop  vieux  pour  changer  de  profession, ­
  luttent  encore.  En  1896,  sur  19.050  entreprises
en  activité,  il  y  en  avait  14.498  qui  n’occupaient  aucun
ouvrier  et  1163  qui  n’employaient  que  des  membres  de
la  famille.  En  d’autres  termes,  82.21  %  (v.  XVIII,  p.  164)
des  patrons  cordonniers  n'étaient  en  réalité  que  des
savetiers.  Maintenant  ils  sont  menacés  d’être  supplantés ­
  même  dans  ce  domaine  par  la  fabrique,  Celle-ci,
après  avoir  dépossédé  l’artisan,  vers  1870,  de  la  fabri
cation  des  tiges,  lui  a  enlevé  toute  la  production

(1)  Ib.  v.  I,  p.  19.
(2)  Ib.  Enquête  orale,  v.  II,  p.  212.
            
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