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EVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA BELGIQUE
vent qu'une des causes du maintien de l'industrie à
domicile n'est pas son caractère artistique, mais l’exis
tence d'acheteurs peu soucieux de la qualité de la
marchandise.
Voilà, du coté des consommateurs, une contretendauce
qui arrête la décadence de l’industrie à domicile. Quant
à l’ouvrier, c’.-st la tradition, la nécessité d’une occu
pation accesoire, le manque d’autre occupation, qui lui
font parfois préférer cette forme de production à une
autre.
Examinons ces différents points.
La tradition. — L’ouvrier à domicile, malgré sa mi
sère, a gardé une certaine liberté d’allure à laquelle il
tient. L’armurier se considère parfois comme apparte
nant à une catégorie supérieure du monde du travail.
A Wandre, par exemple, il ne fraye pas avec le houilleur,
dont le salaire est cependant plus élevé (1). Le tail
leur de Binche se sépare nettement de l’ouvrier de
l’usine ; il affecte une certaine fierté et ne parle pas
des autres sans un peu de dédain (2).
Comme ces seutiments sont naturellement plus viva
ces chez les vieux, encore pleins aux souvenirs d’au
trefois et hostiles à tout changement, ce sont eux qui
restent le plus longtemps attachés à leur ancien mé
tier, Nous en avons donné plus haut quelques exem
ples (p. 278) ; la statistique confirme entièrement no
tre conclusion.
(1) Ib. v. I, p. 11.
(2) Ib. v. VI, p. 31.