PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
les fait monter vers le ciel pour s’y disputer l’air et la
lumière (1).
Il'n’en était pas de même sous le régime des corporations
où le nombre de marchands était limité dans chaque pro-
fession.
30 Il est vrai enfin que la concurrence doit avoir une action
égalitaire sur les fortunes en nivelant les profits qui dépassent
le niveau commun. Et pourtant quel est le pays où l’inéga-
lité des richesses est la plus grande, où l’on a vu éclore
comme une faune monstrueuse l’espèce des milliardaires ?
C’est précisément le pays où la concurrence est à l’état de
fièvre, où tous se housculent dans la chasse au dollar et où,
au lieu du bienveillant proverbe français : chacun pour soi
et Dieu pour tous! — le dicton américain dit : « le dernier
pour le diable ».
La concurrence ne crée légalité des profits que là où les
concurrents sont égaux en capacités, c’est-à-dire qu'elle
implique préalablement le régime qu’elle est censée créer.
Mais lorsque la concurrence a lieu entre individus inégaux,
entre forts et faibles, elle ne fait au contraire qu'aggraver
les inégalités originaires. Il ne faut donc pas compter sur
elle pour réaliser la justice distributive.
Au reste. même en supposant, comme on le fait dans l'éco-
nomie pure, une société dans des conditions telles que la
concurrence pût s’y ‘exercer absolument et qu’elle assurât à
chacun le maximum de satisfaction pour le moindre prix, il
ne serait guère à souhaiter, au point de vue social et moral,
que cette hypothèse pût se réaliser, car ce serait le régime
individualiste absolu : chacun pour soi, La société ne serait
qu’une salle de ventes, comme « la corbeille de la Bourse »,
où chacun crierait son prix. Nous ne pouvons voir là l’idéal
(1) A Paris on comptait 3.050 boulangeries en 1911, donc 1 pour 900 habi-
tants, soit pour 2 à 300 ménages. La vente moyenne ne dépasse donc pas 4 à
500 kilos par jour pour chacune d’elles. Elle pourrait facilement s'élever au
décuple et les frais généraux grevant chaque pain se trouveraient réduits
du 9/10. Tel est le cas des grandes boulangeries coopératives, par exemple
celle d'Edimbourg qui cuit 20.000 pains par jour.
162