‘ PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
il l’appelle, c’est-à-dire l’Etat politicien et patron s’inspirant
des mêmes intérêts que les capitalistes. Il évite même, dans
ses plans de réorganisation sociale, de prononcer le mot
d’Etatisation et le remplace par ceux de socialisation ou de
nationalisation, qui veulent dire seulement que tout entre-
prise devra être gérée uniquement dans l’intérêt public et
sans pensée de lucre. Mais ces comités de gestion devront
perdre tout caractère politique pour devenir simplement
économiques : ils ne seront rien de plus que les Conseils
d’administration d’une sorte d’immense société coopérative
embrassant le pays tout entier. C’est par là que le socialisme
pur se distingue du socialisme d'Etat que nous allons voir
tout à l'heure.
4° Enfin, le caractère le plus saillant du socialisme actuel
c’est d’être un socialisme de classe, c’est-à-dire de poser en
fait que les intérêts des classes possédantes sont en antago-
nisme nécessaire avec ceux des travailleurs (1). Il ne nie pas
que les classes bourgeoises ou capitalistes n'aient eu leur
rôle qui a été de former la société actuelle, mais devenues
parasitaires elles doivent être éliminées. De là l’affirmation
de la lutte de classes qui est le principe essentiel du pro-
gramme socialiste. Il faut remarquer que ce caractère n’exis-
tait pas dans le socialisme ancien ni dans le socialisme fran -
çais du siècle dernier. Ce caractère spécifiquement ouvrier
s’est affirmé surtout dans une forme toute récente du socia-
(1) Entre les diverses écoles socialistes l'anarchisme se distingue par des
caractères si tranchés qu'il faudrait lui réserver une catégorie à part. Le nom
même de socialiste ne lui convient guère puisqu'il a au contraire pour carae-
téristique l’individualisme à outrance, l'horreur de toute réglementation et de
toute contrainte. Il apparaît plutôt comme une sorte d’outrance de l’école
libérale (aussi, s’appelle-t-il volontiers socialisme libertaire). Seulement,
tandis que l’école libérale se contente de réduire au minimum le rôle du légis-
lateur, l’école libertaire supprime toute loi. En outre, elle rejette la propriété
individuelle comme incompatible-avec la pleine indépendance de l'individu, car
comme l’a dit spirituellement un socialiste chrétien, M. Wilfred Monod, ce qu’on
appelle le droit de propriété « privée » n'’est-il pas le droit d'en « priver »
autrui ?
Il faut remarquer d'ailleurs que l’anarchisme se distingue du socialisme
syndicaliste en ce qu’il a toujours eu pour adhérents des intellectuels plutôt
que des ouvriers.
29