LES DIVERSES ÉCOLES ÉCONOMIQUES )
cration grandiose dans l’engagement pris par l'Etat de
rembourser aux habitants des régions envahies tous les
dommages causés par la guerre (1).
3° Christianisme sociol.
L'école chrétienne croit fermement, comme l’école classique,
à l’existence de lois naturelles, qu’il faut appeler lois
providentielles.
Seulement, elle croit que le jeu de ces lois providentielles
peut être profondément troublé par le mauvais emploi de la
liberté humaine, et que, en fait, c’est précisément ce qui est
arrivé : par la faute de l’homme, par le péché d’Adam, le
monde n’est pas ce qu'il devait être, ce que Dieu aurait
voulu qu’il fût. A la différence de l’école libérale, elle n’est
donc nullement optimiste : elle ne considère point l’ordre
social comme bon ni même comme tendant naturellement
vers le mieux. Le devoir de l'homme n’est pas de suivre
sa nature, mais de la dompter.
L'école catholique va plus loin : elle voit dans la foi
orgueilleuse en la liberté, qu’elle appelle le libéralisme, la
véritable cause de la désorganisation sociale.
(1) M. Léon Bourgcois a cherché à donner une forme juridique au concept un
peu vague de la solidarité. Tout homme, dit-il, nait débiteur de la Socièté
en vertu d'un contrat tacite (cu’il appelle un quasi-contrat) et ce contrat
tacite résulte des avantages collectifs, fruit du labeur de tous, dont il recueille
sa part. Il doit donc commencer par payer cette dette — par exemple en contribuant
à l'assurance, à l'assistance, à l'instruction de ses frères, et par tous
autres modes ae contribution à déterminer. C’est seulement après avoir satisfait
à cette condition préalable que la liberté économique et la propriété privée
pourront se donner libre carrière.
L'objection à cette théorie ingénieuse c’est qu’il ne peut y avoir de débiteurs
sans qu'il n'y ait des créanciers. Or, il n'est pas facile de savoir quels ‘sont
ceux qui, dans la societé, devront être considérés comme créanciers ? Et quels
comme débiteurs ? Ou mieux, chacun ne devrait-il pas être considéré comme
étant à la fois créancier et débiteur, auquel cas cette dette se trouverait éteinte
par confusion ? À première vue, on pourrait croire que les riches sont les débiteurs
et les pauvres les créanciers, puisqu'on appelle généralement ceux-ci
« les déshérités ». Mais rien n’est moins certain, car il est très possible que
l'homme riche ait en réalité beaucoup plus donné à la société qu’il n’en a reçu
— tel grand inventeur, par exemple — et qu'inversement l’homme pauvre soit
un incapable ou un infirme qui n’a jamais rien pu donner en échange de ce
qu'il a reçu,
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