Le Danemark doit tout ce progrès à l’organisation coopérative des paysans
dont les méthodes ont ultérieurement servi de modèle aux autres pays de grandé
production laitière. En outre — comme nous le montrerons plus loiñ,en-traîtant
des coopératives de vente des producteurs de blé — c’est aux règles iMaginées
et mises au point au cours de l’expérience danoise pour résoudre les problèmes
connexes de la production et de l’écoulement que se rattachent, par une filiation
directe, les principes d’organisation qui sont à la base de la coopération agricole
de vente en général.
Actuellement, plus de 85%, des agriculteurs danois sont membres des laiteries
coopératives et des abattoirs coopératifs. Le lait de plus de 86% des vaches laitières
est transformé en beurre par les laiteries coopératives.
Dès 1900, les laiteries coopératives représentaient 66,2% du total des laiteriess
y compris les laiteries domaniales, et ce rapport était de 86% en 1924. Aujourd’hui,
les sociétés capitalistes de laiterie sont devenues des exceptions qui s’expliquent
par des circonstances locales; d’ailleurs, elles n’affrontent pas le marché inter-
national. Même les laiteries installées sur les grands domaines, qui pourtant ne
présentent pas au même degré tous les inconvénients dont souffrent les entreprises
anonymes, tendent à devenir moins nombreuses: il y en avait 244 en 1900; elles
n’étaient plus que 16 en 1924; la plupart des grands propriétaires ont trouvé leur
intérêt à adhérer aux sociétés coopératives.
L’échec à peu près complet des entreprises privées s’explique par d’assez
nombreuses raisons d’ordre économique et d’ordre psychologique dont la plupart
tiennent à la nature différente des rapports qui lient les producteurs à l’entreprise
selon que celle-ci est privée ou coopérative.
C’est une règle pratique des laiteries coopératives de ne pas commencer leur
exploitation avant de s’être assurées d’un nombre suffisant de membres pour
pouvoir fonctionner de manière économique; chacune d’elles groupe, sur le terri-
toire le plus petit possible, 150 membres environ, élevant de 800 à 1.000 vaches
au total et produisant de 1.500.000 à 2.500.000 kilogrammes de lait par an; ainsi
les distances des fermes à la laiterie sont réduites au minimum, le transport est
d’ailleurs le plus souvent assuré par une collaboration entre les producteurs eux-
mêmes et l’outillage reçoit sa meilleure utilisation. Ces mesures sont complétées
par un contrat qui lie le producteur à l’association pour une durée déterminée
(5 à 20 ans, généralement 10 ans) et par lequel il s’oblige, sous peine d’amende,
à fournir à la laiterie coopérative toute sa production laitière (à l’exception de la
quantité nécessaire à sa consommation domestique); il s’oblige, en outre, à ali-
menter et à soigner ses bêtes suivant des règles, à l’établissement desquelles il a
lui-même collaboré, ou qu’en tout cas il a acceptées. Enfin, tous les membres
des laiteries coopératives sont individuellement, solidairement, et sans limites,
responsables de toutes les obligations financières contractées par la société.
1 A l’égard de la société, la responsabilité de chaque membre est souvent proportionnée
à la quantité de lait qu’il livre pendant la période du contrat.