132 ÉVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA BELGIQUE
A la fin du XVIII e siècle, nous observons une ab
sence complète de tout esprit d’entreprise en Belgique
« Ici le fils croit, écrit le Voyageur dans les Pays Bas
Autrichiens, en parlant d’Anvers, qu’il ne doit faire
ce que son père a fait et ne s’imagine pas qu’il lui
puisse être profitable de faire autrement » (1).
Ceux qui possédaient des capitaux les enfermaient
dans les caisses ou les prêtaient sur hypothèque. « Il
n’y a peut-être pas en Europe, dit le même Voyageur, de
pays qui possède relativement à son étendue, plus de nu
méraire que les Pays-Bas Autrichiens ; mais cette
grande abondance de numéraire n'y produit pas l’effet
qu’elle y produirait si ce numéraire était en circula
tion. Les capitalistes de ce pays sont de deux espè
ces ; les uns sont ceux qui jouissent d’un revenu qui
excède considérablement leurs dépenses ; les autres sont
les Abbayes et les maisons religieuses riches, qui ne
pouvant vendre ni acquérir de nouveaux biens fonds,
renferment tous les ans dans leurs coffres une partie
considérable de leur revenu. Les premiers capitalistes
renferment leur superflu jusqu’au moment où ils trou
vent l’occasion de maisons ou de terres, qui leur
donnent deux à deux et demi pour cent d’intérêt,
ou de le placer en hypothèques à trois ou quatre
pour cent. Il suffit d’être commerçant ou banquier
pour être aux yeux d’un capitaliste de Bruxelles ou de
Gand, un homme d'une fortune fort équivoque. On ne
peut avoir son argent qu’en lui donnant une bonne
(3) Le Voyageur, 1, c. V. III, p. 243.