i62 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
Cette conception s’est peu à peu modifiée sous l’action
des événements et des progrès de la civilisation. Plus on
va, plus les frais de transport pèsent sur les marchandises :
l’idée est donc venue d’utiliser sur place les matières pre-
mières qui en étaient susceptibles. D'autre part, la main-
d’œuvre est encore, en général, beaucoup meilleur marché
dans les. pays de nouvelle civilisation qu’elle ne l’est
chez nous. Enfin, avec le développement continu du ma-
chinisme, il devient chaque jour plus facile de repro-
duire n’importe où n’importe quel produit, parce qu'il
n’est pas besoin pour ce faire d’ouvriers qualifiés, et qu’i)
suffit uniquement d’une main-d’œuvre primitive surveil-
lant la marche automatique des broches à filer, des métiers
à tisser, etc.
Sous l'empire de ces circonstances, il s’est créé plusieurs
industries dans diverses colonies. tantôt par accident,
tantôt d’une manière permanente. Vous savez par exemple
que notre belle colonie du Sénégal produit énormément
d’arachides, qu’on importe en France pour fabriquer
l’huile, le savon, etc. L’arachide est enveloppée dans
une petite coque extrêmement légère et relativement
volumineuse par rapport à la graine. Pendant la guerre,
alors que le fret était très rare et cher, on s’est avisé qu'il
était bien inutile de transporter de Dakar en France l’en-
veloppe de l’arachide et on ainstallé au Sénégal des usines
de décorticage ; mais cette organisation a disparu à la
fin de la guerre parce que la graine, au Sénégal, transportée
sans sa coque, prend en cours de route une acidité qui
la rend infiniment moins avantageuse au moment où elle
parvient dans la métropole.
Par contre, l’Inde est grosse productrice de coton. On
s’est demandé pourquoi on l’envoyait travailler en Angle-
terre, pour rapporter ensuite les cotonnades d’Angleterre
dans l’Inde. Et celle-ci est devenue une grosse concurrente
de la célèbre industrie textile du Lancashire. Voici main-
tenant la métallurgie qui commence à se développer dans