Object: Les questions fondamentales du marxisme

26 G. V. PLÉKHANOV 
sement à la façon dont l’homme sert de base d’unité 
des oppositions ci-dessus indiquées. En réalité, Feuerbach 
comprend cela de la façon suivante : « Là seulement, dit-il, 
où la pensée n’est pas un sujet pour soi-même, mais l’attri- 
but d’un être réel [c’est-à-dire matériel], là seulement 
elle n’est pas détachée de l’être » (*). Or, dans quels 
systèmes philosophiques la pensée est-elle « sujet pour soi- 
même », c’est-à-dire quelque chose d'indépendant de l’exis- 
tence corporelle de l’individu pensant ? La réponse est 
claire : dans les systèmes idéalistes. Les idéalistes trans- 
forment d’abord la pensée en une entité autonome, indé- 
pendante de l’homme (en « sujet pour soi »), et, ensuite, 
ils déclarent que, dans cette entité — précisément parce 
qu’elle a une existence distincte, indépendante de la 
matière — se résout la contradiction entre l’être et la 
pensée (17). Et elle s’y résout, en effet, car qu’est-ce que 
cette entité ? C’est la pensée. Et cette pensée a une exis- 
tence complètement indépendante. Mais cette solution de 
la contradiction n’est qu’une solution purement formelle. 
On y arrive uniquement, comme nous l’avons déjà dit, en 
supprimant un des éléments de la contradiction, à savoir 
l’être indépendant du penser. L’être apparaît comme une 
simple propriété du penser, et lorsque nous disons que tel 
objet existe, cela signifie seulement qu’il existe dans notre 
pensée. C’est ainsi que le comprenait, par exemple, Schel- 
ling. Pour lui, le penser était le principe absolu, dont pro- 
cédait nécessairement le monde réel, c’est-à-dire la nature 
et l’esprit « fini ». Mais comment ? Que signifiait l’exis- 
tence du monde réel? Rien d’autre que l’existence 
dans la pensée. Pour Schelling, l’univers n’était que 
l’auto-contemplation de l’esprit absolu. l en était de 
même chez Hegel. Mais Feuerbach ne se contenta pas 
d’une pareille solution purement formelle de la contra- 
diction entre le penser et l’être. Il montra qu’il n’y a et ne 
peut y avoir de pensée indépendante de l’homme, c’est-à- 
dire de l’être réel, matériel. La pensée est une activité du 
cerveau. « Mais le cerveau n’est un organe de pensée qu’au- 
tant qu’il est relié à une tête et à un corps humains » (**). 
On voit maintenant dans quel sens l’homme est, 
chez Feuerbach, la base de l’unité de l’être et du pen- 
ser. Il l’est dans ce sens que lui-même n’est rien d’autre 
(*) Œuvres, 11, p. 340. 
(**) Ibid, p. 362 et 363.
	        
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