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A. RÆDER
passage de l’île sous la domination d’Athènes, Thucydide met
dans la bouche des orateurs de Mélos la question suivante adressée
aux Athéniens 1 : «Est-ce votre conception du juste qui vous fait
mettre dans une seule et même classe, ceux qui ne sont pas vos
sujets et ceux qui pour la plupart sont vos colons ou en des
cendent et ont été vaincus?» Le point de départ de cette question
doit être qu’en pratique Athènes ne faisait pas une grande diffé
rence entre ses alliés, quelles que fussent au point de vue formel
leurs diverses situations envers elle ; c’est-à-dire qu’Athènes, le
jour venu, les traitait toutes comme des sujets.
Nous arrivons ainsi au résultat, par rapport à la première ligue
maritime attique, qu’il est impossible de démontrer que l’arbitrage
ait été utilisé pour la solution de différends réciproques.
Il ne faut cependant pas en conclure que cela n’a pu avoir lieu,
mais alors, si on en excepte peut-être le début, il fallait le con
sentement d’Athènes. Quand il s’agissait d’un désaccord entre une
ville alliée et Athènes, l’arbitrage ne fut jamais utilisé. Athènes a
toujours réglé ces différends de sa propre autorité, tantôt comme
conciliatrice, tantôt comme maîtresse.
Quant à la deuxième ligue attique, au IV e siècle, nous ne savons rien
de précis sur l’organisation, dans son sein, de la question traitée ici.
L’évolution paraît avoir été la même à peu près que dans la pre
mière ligue. Au début les Etats alliés sont à peu près sur le même
pied qu’Athènes, de sorte que les intérêts de la ligue sont défen
dus par une assemblée composée de représentants des divers Etats
à l’exception d’Athènes. Cette assemblée discutait ces questions à
Athènes L Mais nous n’entendons jamais dire que cette assemblée
jugeât les différends surgissant entre les membres de la ligue. Il
n’est pas cependant impossible qu’il en ait été ainsi. Plus tard plu
sieurs des membres tombèrent au rang d’Etats soumis à Athènes ;
et ceci entraîna la disparition de la ligue. Quelque soit la manière
1 V, 96. — 2 G. Gilbert, Gr. Staatsaltert. I *, p. 495,