L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
pour effet de ruiner le patrimoine légué à notre génération
par sept siècles d’histoire, nous devions revendiquer le
mandat pour la Syrië et le Liban.
Mais le fait que nous devions accepter, au moins pour
un temps, une méthode nouvelle et plus onéreuse pour
sauvegarder ce patrimoine, n’en changeait pas la nature.
Nous n’avions pas après plus qu’avant la guerre à adopter
une politique impérialiste en Orient. Nous devions tendre
à créer, en Syrie et au Liban, un milieu analogue à celui
dans lequel nous avions antérieurement remporté tant de
succès, c'est-à-dire le cadre d’un gouvernement indigène
qui se prêterait au travail de nos œuvres et entreprises.
Nous avions donc à constituer des pouvoirs indigènes,
à nous efforcer de leur passer'de plus en plus la main,
ce qui est précisément l’objet même du mandat. C’est-à-
dire que, à bien considérer le fond des choses, notre intérêt
était en harmonie parfaite avec le système du mandat
et que, ce mandat, que nous devions revendiquer pour
n’être pas déchus, nous avions tout intérêt à le pratiquer
en toute sincérité en remplissant de notre mieux la
tâche d’éducation et d’émancipation qui est son but et
dont le succès doit marquer sa fin.
L'avons-nous réellement appliqué? Dans l’ensemble on
peut répondre oui. Et cependant la tâche était bien
difficile. Tout d’abord on ne disposait d'aucun personnel
français rompu ni même le moins du monde préparé à
l’exercice du mandat. Ayant presque toujours plus de
compétence et de caractère que les autorités locales au-
près desquelles il est placé, il a tendu naturellement à
faire lui-même au lieu de faire faire, ce qui était la néga-
tion du mandat. La tentation était d’autant plus forte
que celui-ci est un instrument de progrès peu maniable
et lent. Pour le constater. il suffit de comparer ce qui a