32 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
C’est ainsi que la vallée moyenne de l’Oronte, terre à coton,
est dominée par la montagne alaouite déjà surpeuplée
et qui lui fournira la main-d’œuvre voulue dès que les
drainages et les irrigations l’auront rendue utilisable.
L’œuvre d’association économique s’accomplit peu à
peu au milieu et en dépit des criailleries politiques, qu’elle
doit finir par dominer. Le Français y apporte ce qui
manque encore au Levantin, bon commerçant et manieur
subtil d’argent : l’habitude des placements industriels à
longue échéance et des disciplines qu’exige l’industrie.
C’est ce qui fait l’utilité du mandat, la justification
pour l’avenir d’une œuvre que tout notre passé nous
incitait à assumer, bien que les pessimistes l’aient déclarée
vaine parce qu’ils n’en voient que le côté politiquement
temporaire.
J’ai dû dire « justification » : le mandat sur la Syrie
et le Liban est encore, en effet, dans la phase du dis-
crédit et des campagnes d’abdication par où toutes nos
autres entreprises d’outre-mer ont dû passer les unes
après les autres et dont elles sont toutes victorieusement
sorties. Le démenti que leur utilité, surtout dans l’épreuve
de la guerre, a donné aux pessimistes doit nous rassurer
sur la valeur de celle-ci à son tour, bien qu’il n’ait jamais
pu corriger ces dyspeptiques de la politique, qui ont sue-
cessivement promené leur dégoût de l’Algérie au Maroc,
en passant par Tunis, le Tonkin et Madagascar, quitte à
paraître plus tard vouloir éclipser les ouvriers de la pre-
mière heure par l’héroïsme bruyant avec lequel ils se
rallient à ce qui est devenu le consentement universel.