L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
n’est également qu’une longue épopée de poli-
tique coloniale. Quand César portait les légions
au delà du Rhin, au delà de la Manche, il traçait
le cadre où devait s’inscrire la civilisation euro-
péenne. Les croisades ont répandu sur l’Orient une
vague de civilisation occidentale, comme si le
fleuve remontait vers sa source. Saint Louis, fils
de Blanche de Castille, fut le premier des conquis-
tadors.
L'ancien monde s'achève et, tout à coup, par la
même loi d’expansion, naît un monde nouveau :
Christophe Colomb tire des ténèbres l’autre revers
de la planète. Les grands peuples européens
affirment leur caractère et leur avenir à la façon
dont ils inscrivent leurs destinées sur les terres
nouvelles. La découverte de l’Amérique achève, à
la fois, la civilisation et l’humanité.
Si j'entreprenais de dire ce qu’il a fallu de
volonté, d'énergie, de prudence et d’héroïsme pour
mener à bien, — non sans de bien tristes erreurs,
——cette tâche qui s’imposa soudain aux grands
peuples européens, j'aurai lassé l’attention avant
d’avoir lassé l’admiration. Ne parlons que des faits
les plus récents, ceux auxquels furent mêlés les
générations modernes, ceux auxquels partici-
pèrent nombre d'hommes qui sont encore parmi
nous.
Jules Ferry écrivait en 1893, dans la période
d’apaisement qui précéda sa mort : « Je reven-
dique fièrement le titre de Tonkinois, dont les
méchants et les sots croient me faire outrage. »