LES PRINCIPES DE LA POLITIQUE COLONIALE 155
coloniaux, qui inspire les législations nouvelles, nous
évitons de créer, ce qui est évidemment la sagesse ; mais
il faut redouter comme un autre excès la rigueur trop
déductive de ces idées.
La coutume sera organisée et codifiée, mais le fait de
sa codification l’altère : lorsqu'elle sera codifiée, elle ne
sera peut-être déjà plus existante; par conséquent on
donne une valeur de code indélébile et indéfini à une cou-
tume en pleine évolution ; par suite vous pouvez arriver
à l'injustice en croyant servir la cause indigène. La cou-
tume variait dans notre ancienne France et elle varie
dans tous ces pays primitifs de la mème manière. C’est
pourquoi, en croyant servir la cause des indigènes, nous
dénaturons les conditions habituelles de vie de ces pays.
L’énoncé de ces observations montre la difficulté du pro-
blème. Voici, par exemple, une forme de mariage par
achat qui est répandue dans les sociétés indigènes : un
homme achète une femme en donnant des troupeaux.
Une femme vaut un ou deux bœufs. Voici que la femme,
après avoir passé quelques jours avec son mari, le quitte
sous prétexte qu'elle n’est pas bien traitée et revient chez
son père. Comment le juge, qui se trouve en face de ce
cas, peut-il juger l’affaire? Ce mariage est un fait de cou-
tume qui a sa valeur certaine. D’autre part, peut-il, étant
donné la civilisation qu’il représente, donner une sorte
d’autorité morale, une consécration définitive à l’achat
de la femme moyennant un porc ou un bœuf? Voilà le
problème.
Les grands problèmes de ces sociétés indigènes, ce sont
la possession des terres et celle des femmes. C’est en cela
que notre civilisation diffère profondément de ces sociétés
indigènes, et c’est sur ces questions que les indigènes entre
eux se trouvent en lutte perpétuelle.
En ce qui concerne la possession des terres, examinons
seulement le cas des colonies anglaises de l’Afrique du
Sud - dans l’Union sud-africaine, 13 p. 100 des terres