EXPOSÉ GÉNÉRAL
mon bureau des protectorats, alors que notre
programme africain était sur le chantier, ce jeune
oflicier aux yeux ardents, à la figure longue et à
la barbe hirsute, au langage raboteux. Il appa-
raissait, dans notre sceptique Paris, comme un
prophète du désert. Quel homme ! Et comme nous
l’admirions, et comme nous l’aimions !
Dès 1875, il avait commencé, à la suite de du
Chaillou et de Compiègne, ses belles explorations
dans l’intérieur de la colonie du Gabon. Pendant
vingt années, il labourera ce vaste terrain, aupa-
ravant inaccessible. Pas un ruisseau qui lui soit
inconnu ; pas une piste qui lui soit fermée. Son
idée, qui est la grande trouvaille géographique
de cette époque des découvertes africaines, c’est
que l’Afrique est plus abordable par l’Occident
que par ses autres façades, mème la façade nord.
[1 pense que les grands fleuves et, notamment,
le Congo, sont destinés à devenir les véritables
véhicules portant la civilisation jusqu’au plateau
central, et 1l voit, de ses yeux de visionnaire, le
coude du grand fleuve et ses affluents de la rive
droite menant nos explorateurs vers le lac Tchad,
tandis que les affluents orientaux les mèneront
vers le Nil et vers les grands lacs. Il rêve d’enclore,
sub un sol uniquement français, la plaque tour-
nante des communications africaines. Tout le
monde sait comment, sur le fleuve même, il s’est
rencontré avec Stanley et comment, rien que par
sa présence, il a assuré à la France la partie la
plus considérable des régions marquées sur les
cartes antérieures : terræ incognitæ. Tout cela,
mûri. d’abord. dans son esprit, a pénétré peu à peu