208 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
Dans ces chiffres ne sont pas compris les militaires de
carrière (106 000) destinés à constituer l'encadrement des
troupes, tant métropolitaines que nord-africaines et colo-
niales.
Ceci ne veut pas dire que nous n’arriverons pas un jour
à amener nos populations coloniales à un rendement à
peu près équivalent à celui de nos populations métropo-
litaines, mais ce sera au prix de progrès et d’efforts dont
il serait imprudent d’escompter par avance les résultats
en les tenant pour acquis.
En définitive, notre situation actuelle est la suivante :
en face d’une nation de 65 millions d’âmes entretenant
tout autour d’elle, en Autriche, en Hongrie, en Tchécoslo-
vaquie, de véritables foyers d’essaimage qui, dans un
avenir proche, pourraient la porter à 75 ou 80 millions
d’âmes ; en face de cette nation en pleine période de
recrudescence vitale, manifestement avide de revanche et
se préparant à la prendre soit par la diplomatie, soit par
les armes ; en présence donc d’une éventualité d'agression,
nous ne disposons que d’une population de 40 millions
d’âmes sur le continent.
La disproportion est énorme. Elle le sera bien davan-
tage à l’époque où notre plus faible courbe de natalité,
correspondant aux quatre années de guerre, diminuera
d'autant nos possibilités de recrutement militaire. Or,
sept années à peine nous séparent de cette date de 1935,
que M. Mussolini, dans un récent discours, n’a pas craint
de représenter comme « l’année cruciale » du siècle. Il
ne s’agit pas, d’ailleurs, d’une année, mais bien d’une
période cruciale, s’étendant de 1935 à 1939.
N’est-il pas alors légitime que nous demandions à nos
colonies de rétablir (comme elles l’ont fait en partie dans
la dernière guerre) un équilibre si fortement compromis?
Et c’est là qu’apparaît le point de jonction entre le
Transsaharien et cette Armée Noire qui représente, sans
contredit. la partie de beaucoup la plus forte en même