240 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS -
brise ses chaînes. On s’élance à la poursuite de cette Toison
d’or, d’où l’on ne sait si on doit attendre de grandes joies
ou de grandes tristesses, de grandes prospérités ou de
grandes misères. Les bons « rhétoriqueurs » de la cour
de Bourgogne, G. Chastellain et Jean Mollinet, font, déjà,
ce que j’appellerai de la «littérature coloniale », quand
ils s’écrient, à propos de la découverte des premières îles
surgissant sur l’Océan, les Açores :
J’ai vu deux ou trois Îles
Trouvées en mon temps,
En chicanes fertiles
Et dont les habitants
Sont, d’étranges manières,
Sauvages et velus.….
D’or et argent minières
Voit-on en ces palus.
Voilà donc, d’abord, ce grand rêve de l’enrichissement
subit qui se saisit de nos hommes : « D'or et d'argent
minières », c’est la première pensée, Mais ils prévoient,
en même temps, que « la politique coloniale » n'ira pas
sans de grands dissentiments et conflits, au sein de la
vieille Europe : « En chicanes fertiles. » Faut-il rire?
Faut-il pleurer?
Il faut rire, répond Rabelais, « parce que le rire est le
propre de l’homme ». Et le contemporain de ce roi Fran-
çois ler, qui fondait le Havre de Grâce pour servir de
port d’attache aux grandes entreprises coloniales, le curé
de Meudon lance Pantagruel à la recherche de Balbuc
et de la « dive bouteille ». Rabelais est notre premier
grand écrivain de l’Ultramar, M. Abel Lefranc l’a démon-
tré. Son « odyssée » remue profondément les esprits. Elle
n’est pas ignorée du pays navigateur par excellence,
l’Angleterre, puisque Shakespeare emprunte à Rabelais
la description de la Tempête. La littérature coloniale entre
ainsi en Europe, toutes voiles dehors.