L’'APPORT INTELLECTUEL DES COLONIES = 251
Maroc et qui accrochent les vieilles légendes orientales à
l’émotion moderne : À Pâques, l’An prochain, à Jérusalem.
C’est Maurice Barrès, c’est Pierre Benoit, c’est Henry Bor-
deaux qui reprennent en chœur la vieille Chanson d'An-
tioche. Ce sont les frères Leblond, qui signalent à nouveau
l’île conservée comme un joyau, par un dessein providen-
tiel, pour qu’elle serve d’agrafe à la grande île africaine.
C’est Paul Claudel, qui soulève les voiles de la Connais-
sance de l’Est. C’est Abel Bonnard, qui, dans les déliques-
cences de la vieille Chine putréfiée, montre les germes
d’une vie nouvelle…
Je ne veux pas finir sur une agonie… Revenons vers la
jeunesse. Et c'est encore notre Canada qui nous reprend.
Ne lui devons-nous pas le dernier grand chef-d'œuvre,
Maria Chapdelaine, ce Paul et Virginie des neiges?
Toutes les saveurs de la terre forte et arable, toutes
les puissances des sols tels que les a laissés la main du
Créateur, la verdeur de la forêt qui, sous le tranchant
de la hache, succombe pour faire place à la plaine
nourricière, la fécondité du grain jeté à la volée, tout
ce poème des Travaux et des Jours, tel que le chanta
le plus vieux des poètes, Hésiode, le voilà renouvelé par
le poète d’aujourd’hui qui regarde, écoute, sent, s’émeut.
Ce poème de la terre, il nous le dévoile dans sa rudesse
et dans sa douceur, avec ses amours lentes, ses douleurs
profondes, ses aspirations muettes, sa mélancolie et son
apaisement résigné. C’est une berceuse, une cantilène,
une chanson de Bretagne : « Vous n’irez plus au bal,
madame la mariée »; c’est un écho de la terre des
ancêtres qui se prolonge indéfiniment au cœur de cette
magnifique enfant qu’elle a laissée là-bas, si loin d’elle.
Pages admirables où la vieille mère et la fille grandie
se retrouvent et se serrent les mains comme Anne et
Marie, en une ineffable Visitation !
Telle est la dernière moisson que le génie français a su
cueillir sur les terres de l’expansion coloniale.