CHAPITRE XIII
L’APPORT ARTISTIQUE DES COLONIES
L’APPORT ARTISTIQUE DU MAROC
À LA FRANCE
par MM. Jérôme et Jean THARAUD
Un jour, un jeune apprenti peintre se rendit chez Gus-
tave Courbet pour lui montrer son ouvrage. Le vieux
peintre d’Ornans jeta un regard sur la toile, dit ce qu’il
en pensait au jeune homme, après quoi il lui demanda :
« Et qu’allez-vous faire maintenant? » L'autre lui répondit
qu’il avait un peu d’argent et qu'il se proposait de voyager
en Orient. À ce mot d'Orient, Courbet ouvrit un œil
tout rond, et avec son gros accent franc-comtois : « Ah!
dit-il, vous allez dans les Orients (il disait les Orients
comme on dit les Iles ou les Indes) ah! vous allez dans
les Orients? Vous n'avez donc pas de pays? »
Le mot ne manque pas de grandeur. Mais ce n’est pas
un mot qu’aurait dit Delacroix. Courbet avait de l’art
une conception extraordinairement limitée. On peut
d’ailleurs se demander si l’une des conditions de la puis-
sance n’est pas de s’enfermer strictement dans ses limites.
Quoi qu’il en soit, le jeune peintre, que je ne connais
pas, et qui voulait s'en aller dans les Orients, m'est tout
à fait sympathique. C’est un pays, c’est votre pays aussi,
le pays inconnu, le pays mystérieux vers lequel vous
entraîne on ne sait quel instinct. Même parmi les forêts