LES PROBLÈMES GÉNÉRAUX 321
qui devait bientôt le placer au rang des grandes puissances
mondiales.
En dehors de la prépondérance que cette transforma-
tion lui assurait, au point de vue économique, sur ses
voisins asiatiques, le Japon possédait sur ceux-ci une
supériorité politique considérable.
En face d’une Chine trop immense pour avoir conservé
le sentiment de ses frontières et trop étroitement tradi-
tionaliste pour sacrifier aux idées de progrès sa philo-
sophie à la fois sceptique et timorée ; en face de l'Inde,
trop divisée par ses castes sociales et ses querelles reli-
gieuses pour réaliser une unité et trop fataliste pour
tenter une réaction contre ses maîtres, le Japon était
un vieux pays devenu soudainement une jeune nation.
Situation unique dans l’histoire du monde, il a possédé
et possède encore — pour combien de temps? — l’avan-
tage surprenant, et presque impossible à parfaitement
apprécier, qui résulte de ce paradoxe réalisé pour une
fois : un pays qui dispose de tous les procédés modernes
mis au service d’un peuple qui a conservé toutes les
vertus, tous les enthousiasmes, toute la force, toutes les
convictions — non soumises à l’examen, à la critique —
des temps anciens.
La métamorphose qui s'est ainsi accomplie avec une
prodigieuse rapidité était bien le résultat logique des cir-
constances naturelles.
On peut dire, à ce sujet, que la configuration géogra-
phique de l’archipel japonais, aux îles étroites et dé-
coupées, commandait, d’une part, son patriotisme insu-
laire et que, d’autre part, les qualités de la race nipponne,
son intelligence, sa ténacité et surtout sa morale rigide
devaient effectivement, cette transformation se produisant,
la faire telle que nous l’avons connue. Oui, mais, comme
toujours en semblable matière, se pose la question à la-
quelle nos esprits ne peuvent guère répondre : comment,
pourquoi, la transformation se produisit-elle alors, pour-