fullscreen: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE L’ADRIATIQUE AU DASUDE. 
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coquetteries et des grâces de la jeunesse et de la vie. Les chèvrefeuilles, 
les glycines et les pariétaires encombrent les terrasses, grimpent le long des 
murs, retombent en draperies ou en cascades, mettent de gais panaches tri 
colores aux fenêtres et aux créneaux. On u imagine pas un plus beau décor. 
Sur la terrasse supérieure du jardin, devant un campo-santo flanqué de 
deux tourelles, se dresse la colonne de marbre que les soldats français 
avaient érigée sur le champ de bataille de Marengo, en souvenir de la vic 
toire du premier consul; cet obélisque, fort simple du reste, fut donné 
après la chute de Napoléon au feld-maréchal de Nugent, qui le fit transpor 
ter ici. Le comte de Nugent était un Irlandais au service de F Autriche. Il 
acheta le château en ruine du Tersato après la prise de Fiume par les 
Anglais et le retour de cette ville à F Autriche, en 1815. Dans le caveau, 
bâti en forme de temple, on voit les tombeaux du comte et de la comtesse, 
ornés de leurs bustes en marbre. La fresque qui décore le plafond représente 
deux anges qui s embrassent, comme deux âmes qui se retrouvent dans les 
régions célestes. L intérieur d’une des deux tourelles est peuplé de Dianes, 
de déesses entassées pêle-mêle, les unes debout, les autres accroupies ou 
courbées, dans les poses les plus fières ou les plus abandonnées. On dirait 
F Olympe travesti à la salle de police, un mercredi des Gendres. Dans 
un coin sont entassés de gros boulets de pierre que les Fiumans employaient 
autrefois pour repousser les visites trop peu désintéressées des Uscoques et 
des Vénitiens. 
Le pavillon du gardien est aussi un simulacre de musée de peinture ren 
fermant des Canaletto, des Titien et des Tintoret d’une authenticité dou 
teuse. La mâle et belle figure du comte de Frangipani, dont nous avons 
raconté ailleurs la mort tragique 1 , anime par la vivacité et la franchise de 
son regard, son air de résolution et de haute intelligence, la longue série 
grise et monotone de toutes ces figures de famille entassées les unes par 
dessus les autres jusqu’au plafond, comme une pyramide de têtes coupées. 
Quelle énergie farouche dans ce portrait du dernier des Frangipani! On lit 
sur son front comme une vision de 1 avenir. La Hongrie du seizième siècle 
* s incarne tout entière dans cette tête énergique, qui vous parle comme si 
elle était vivante, et qui vous regarde jusqu’au fond de l’âme. 
Ln sortant du château, nous allâmes visiter l’église et le monastère du 
Tersato. Un Père Franciscain vint au-devant de nous et nous demanda si 
nous voulions voir le portrait de la Vierge peint par saint Luc. 
— Est-il authentique, votre portrait? lui demandai-je. 
1 Vienne et la vie viennoise.
	        
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