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L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
Il n’est pas besoin d’être un spécialiste des questions
islamiques ou des questions ‘africaines pour savoir que
l’Islam en Afrique est rarement pur et qu’il est impur
à des degrés fort différents. Or, il y a là un ensemble de
faits fort importants, qui commencent à être bien connus
et qui enlèvent une bonne part d’intérêt à nos idées géné-
rales sur l’Islam et ses mouvements.
Dans certaines régions, dites musulmanes, qui ne sont
pas nécessairement des déserts, et dont les villages sont
formés de vraies maisons en pierre ou en pisé, il n’y a
pas la moindre mosquée, pas même une tente, pas même
un de ces temples conventionnels — cercles de cailloux ou
de sable — comme en improvisent les noirs du Sénégal.
À quoi servirait, d’ailleurs, une mosquée? On n’y dit ja-
mais la prière. On célèbre bien quelques fêtes, — la fête
du mouton, — parce que c’est l’occasion de manger un
mouton ; mais les moins catholiques d’entre nous dé-
bouchent une bonne bouteille le jour de Pâques. On n’ob-
serve pas le jeûne du Ramadan, le ronronnement des écoles
coraniques en est absent, et s’il se trouve là par hasard
quelque « fqih », quelque « marabout » qui épelle l’arabe,
c’est qu’il vient du dehors et qu’on le tolère ou encore
qu’on l’utilise comme un détenteur possible de « baraka ».
Et qu’on ne croie pas que cette absence de vie islamique
soit réservée à une Afrique toute primitive, qu'un conqué-
rant de passage a baptisée musulmane :il suffit de pousser
une pointe dans le Moyen-Atlas pour rencontrer des
musulmans de ce calibre-là.
Ce qu’il faut surtout noter, c’est qu’ils ne sont nulle-
ment dépourvus de vie religieuse. Ils ont même une vie
religieuse très intense, ils sont en rapports constants avec
un monde surnaturel. Seulement ce monde surnaturel
n’a rien à voir avec l’Islam : c’est le monde des forces