Object: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

I, A HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANURK. 
municipal do Pola s’assemble dans le temple du dieu Capitolin, adossé au 
temple de Diane; des chars de. fumier passent sous la porte d’Hercule, 
et le théâtre a été démoli pour élever un bastion. Quelles fortunes diverses 
ont traversées toutes ces villes du littoral istriote et dalmate, autrefois si 
riches et si prospères! 
Le vapeur double au milieu de la nuit la pointe de P 1st rie et le cap Pro- 
montore; et, à l’aube, vous distinguez au fond d’une baie verdoyante, 
que domine un rocher stérile, quelque chose de blanc qui flotte au-dessus 
de la mer. Le point grandit à mesure que le navire avance; il prend des 
formes plus distinctes ; des toits s’amincissent dans Pair opalisé et trans 
parent du matin, des murs s’allongent, s’élargissent, s’illuminent : c’est 
Fiume qui se lève dans les clartés violettes qui précèdent P aurore. 
Mais les traits de ce tableau sont si fins, si délicats, si aériens, que tout 
cela ressemble à un poétique mirage qu’on s’attend à voir s’évanouir. 
Cependant le navire avance, les fenêtres des maisons s’allument et 
brillent comme des soleils, et la ville se présente dans une réalité jeune 
et triomphante, avec ses grandes façades neuves, qui ressortent d’autant 
plus blanches que la végétation sur laquelle elles se détachent est plus 
sombre et plus intense. Des mouettes s’égrènent autour des barques de 
pêcheurs qui ouvrent leur voile rouge aux brises du matin; çà et là de 
grands navires à l’ancre dressent leur cheminée en forme d obélisque ; on 
touche au port. 
Le voyage par voie de terre est plus court et non moins intéressant. On 
traverse le Carso, mer de pierres roulant ses rocs amoncelés, ses blocs en 
désordre, ses flots solidifiés jusqu’à l’horizon; mer battue par la foudre, 
déchirée par les vents comme la véritable mer, mais plus désolée et plus 
déserte qu’une mer maudite, sans un être vivant, sans une plante ni un 
oiseau, étalant sa tristesse morue et farouche sous un soleil de feu en été, 
et, en hiver, dessinant sa roideur de squelette sous un linceul de neige. 
Jusque sous les roues de la locomotive, c’est une marée débordante de 
cailloux, des remous de gros blocs blancs, un rejaillissement de pierres 
inondant tout, cou\rant tout, notant tout, formant des masses mouton 
nantes de granit, se soulevant en vagues gigantesques et pétrifiées. On 
dirait les débris énormes d’une tour de Babel, le sol calciné et. dépeuplé 
d’une planète éteinte, ou encore une région primitive et sauvage, que les 
volcans ont bouleversée. 
Cependant, à mesure qu’on se rapproche de la mer et qu’on descend 
vers les côtes, le spectacle s’adoucit et change ; les pierres se recouvrent
	        
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