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LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DAN U RE.
i Autriche s est solidement établie sur ces rives, d ou elle surveille 1 Adiia-
tique. Ici encore tout est italien, la langue, le climat, le costume, le
paysage, les mœurs et les habitudes.
Pola a pris dans ces dernières années un développement considérable. La
ville est pleine d’activité et de bruit. Dans le port se pressent des vaisseaux
cuirassés et des chaloupes canonnières. On voit combien F Autriche a liâte
de renouveler et de compléter son outillage maritime et militaire. Déjà
Sylla avait fait de cette ville le port le plus important de l’Istrie. Quand
les guerres civiles éclatèrent, Pola se rangea du côté de Pompée, et pour
1 en punir, Octave y répandit le meurtre et 1 incendie. Enfin Auguste,
élevé à la dignité d empereur, répara les ruines; il rebâtit la ville, a
laquelle il donna le nom de sa femme, Pietas Julia. A partir de cette
époque, Pola redevint une cité florissante. Sous le règne de Sévère, elle
prit le titre de Respublica Polensis; elle comptait alors cinquante mille
habitants.
A peine a-t-on franchi le détroit des îles Brioni, que le plus magique
spectacle qu’on puisse rêver se présente aux regards : à mi-côte d’une
colline brûlée par les ardeurs de l’été, dénudée et abrupte, une arène
gigantesque, plus vaste que celle de Vérone, dresse majestueusement ses
trois étages d’arcades hardies et gracieuses, qui semblent des portes
ouvertes sur le ciel. Le soleil couchant répand une teinte de corail rose sur
F énorme ruine, et grave sa grande ombre, comme un camée colossal, sur
la surface de lapis-lazuli de la mer. L’effet est saisissant, 1 impression
ineffaçable. On ne voit ni les tours fortifiées qui défendent l’entrée du
port, ni les batteries qui protègent la plage, ni les navires cuirassés qui
encombrent la rade, ni 1 immense arsenal maritime qui allonge la ligne
noire de ses chantiers au bas de la ville toute blanche. L amphithéâtre
romain, avec son architecture énorme qu’on dirait faite pour F éternité,
écrase tout. Quinze mille spectateurs entrant par les quatre portes du
cirque, flanquées de pignons en saillie, pouvaient tenir à l'aise sur les
gradins de marbre que les Vénitiens, après s être emparés de Pola en 11 48,
emportèrent à Venise pour en faire des palais. Là, comme au Colisée, les
applaudissements pressaient, encourageaient, exigeaient le carnage; « ceux
des hommes demandant aux combattants toujours plus de sang; ceux des
femmes, aux mourants toujours plus de grâce » . Des ronces, des chardons,
un pullulement de plantes parasites remplit le bassin creusé de main
d homme qui servait aux naumacliies. Dans ces fêtes navales, deux a trois
mille esclaves s’égorgeaient pour distraire l’ennui des maîtres du monde.
Un café se trouve aujourd’hui en face du temple d Auguste; le conseil