LE CAPITAL ’
rile sans le concours du capital. On pourrait donc être tenté
de conclure qu’ils sont l’un et l’autre également féconds
tant qu'ils sont séparés, créateurs dès qu’ils sont réunis, et
sans qu'on puisse distinguer la part de chacun d’eux, pas
plus que celle des deux sexes dans la génération. Mais il ne
faut pas les mettre sur le même pied, car nous avons vu
(p- 80) que le capital n’est lui-même qu’un produit du tra-
vail. Dire que le travail est stérile sans le concours du
capital, cela veut dire tout simplement que le travail présent
ne peut produire qu’avec la collaboration du travail passé.
Une charrue avec son attelage, entre les mains du laboureur,
peut lui permettre de produire beaucoup plus de blé que le
seul travail de ses mains. Et c’est ce supplément de blé qui
constitue le soi-disant revenu du capital. Néanmoins, ii ne
vient pas de la charrue: il vient de l’homme aidé par la
charrue. Et la charrue elle-même vient du travail d’un
homme présent ou passé. C’est le cas de rappeler, à ceux
qui ne voient dans la charrue que le capital, cette belle
pensée de M. Alfred Fouillée que l’inventeur de la charrue
laboure invisible à côté du laboureur.
Pourtant il y a beaucoup de gens qui ne font rien et qui
vivent du produit de leur capital. On les appelle les rentiers.
Alors comment l’expliquer si le capital n’est pas productif
par lui-même? Bien simplement. Si le rentier ne vit pas des
produits de son travail, paisque par définition il ne travaille
pas, c’est qu’il vit des produits du travail d’autrui, de celui
qui fait valoir son capital. Car le rentier a placé son capital,
ce qui veut dire qu’il l’a prêté à d’autres personnes qui l’uti-
lisent. Donc toutes les fois qu’un rentier touche un coupon,
il fauten conclure qu’il y a quelque part, au loin ou au près,
des hommes qu’on ne voit pas, lesquels travaillent avec ces
capitaux empruntés et dont le travail a produit les intérêts,
profits ou dividendes, touchés par le rentier. Les coupons
d'intérêt des actions ou obligations de charbonnage repré-
sentent la valeur des tonnes de houille extraites par le travail
des mineurs, et les coupons des actions ou obligations de
chemins de fer représentent les résultats du travail des
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