— 126 —
Si, même pour le travail proprement commercial,
«les capacités, évidemment faisaient défaut », comme
nous croyons l'avoir démontré, si par conséquent « les
groupements de consommateurs payèrent fort cher leur
période d'apprentissage » *, on peut se représenter au-
devant de quelles difficultés allaient les coopératives
qui se lancèrent dans la production. Elles y étaient
doublement incompétentes, et directement, par l’absen-
ce de préparation de leurs dirigeants, et indirectement,
par leur caractère de sociétés commerciales et non in-
dustrielles, On avait compté sur l’enthousiasme collec-
tiviste de l’ouvrier des coopératives de production, soi-
disant propriétaire des moyens de production. Mais
comme il est, en fait, un salarié comme les autres, avec,
en moins, l'espérance de se rendre un jour indépendant,
le zèle qu'on attendait de lui fit défaut ?. On avait ou-
blié que l’ouvrier révolutionnaire ne se représente pas
la société future sous les mêmes couleurs qu’un théori-
cien. C’est essentiellement, pour lui, une société où l’on
pourra vivre sans travailler. Le bonheur universel porte
le masque de la paresse * Dans ces conditions-là, l’ou-
vrier des coopératives est surtout un monsieur appliqué
à en faire le moins possible, d’où une élévation sensible
du coût de la production. Si les coopératives ne ven-
daient que des marchandises produites par elles-mê-
mes, elles iraient rapidement à la catastrophe, à moins
de posséder un monopole qui leur permette de relever
tes prix * Ce n’est donc qu’avec la complicité de l’éco-
! Brandenberger, La Croisée des routes, p. 2.
? V. sur ce sujet, le paragraphe B. IL, p. 9, de Beuttner
« Entläuschungen ».
$ Cf. Ford, passim, dont l’opinion est abondamment étayée
£t confirmée par toute la politique syndicale.
* Cf. les déficits de la boulangerie de PA. C. V. N’y peu-
vent être engagés que des socialistes. Tout autre qu’eux y