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CHAP. XVIll. — DE LA TAXE DES PAUVRES,
premier ne pourrait pas plus que le second prendre ce prétexte pour
élever le prix de sa denrée. Ce n’est point la baisse absolue des profits,
e’est leur baisse relative qui détourne les capitaux d un commerce
quelconque ; c’est la différence entre les profits qui attire le capital
d’un emploi vefs un autre.
Il faut cependant convenir que dans l’état actuel de la taxe des
pauvres en Angleterre, une plus grande partie de cette contribution
tombe sur le fermier que sur le manufacturier, eu égard aux profits
respectifs de chacun, le fermier étant imposé d après les productions
qu’il retire de la terre, et le manufacturier ne l’étant que d’a
près la valeur des bâtiments dans lesquels il travaille, sans aucun
égard à la valeur des machines, du travail industriel, ni du capital
qu’il peut employer. Il s’ensuit que le fermier peut élever le prix de
ses produits de la totalité de cette différence 5 car, puisque 1 impôt
est inégal dans sa répartition, et qu il atteint surtout ses profits, le
fermier aurait moins d avantage à consacrer son capital à 1 agricul
ture, qu'à l’employer dans un autre commerce, si les produits de la
terre ne montaient pas de prix. Si, au contraire, 1 impôt eût pesé
avec plus de force sur le manufacturier que sur le fermier, le pre
mier aurait pu élever le prix de ses marchandises de tout le mon
tant de la différence, par la raison même qui, en de pareilles circon
stances, aurait déterminé le fermier à élever le prix des produits de
la terre. Dans un pays dont l’agriculture acquiert tous les jours une
nouvelle extension, si les impôts pour les pauvres pèsent particuliè
rement sur l’agriculture, ils seront payés, partie par ceux qui enp
ploient les capitaux et qui en retireront moins de profits, et partie
par le consommateur des produits de la terre, qui les paiera plus cher.
Dans un tel état de choses, l’impôt peut, dans certaines circonstances,
devenir même avantageux aux propriétaires, au lieu de leur être nui
sible ; car, si l’impôt payé par les cultivateurs des terres de la plus
mauvaise qualité, est plus fort, relativement à la quantité du pro
duit obtenu, que l’impôt payé par les fermiers des terres les plus fer
tiles, la hausse dans le prix du blé, qui doit s’étendre à tous les blés,
fera plus qu’indemniser ces derniers fermiers du montant de l’im
pôt. Ils conserveront cet avantage pendant tout le temps que dure
ront leurs baux ; mais, à leur expiration, il passera aux propriétaires.
Voilà quel serait l’effet de la taxe des pauvres dans un état de
prospérité croissante de la société j mais dans un état stationnaire
ou rétrograde, s’il était impossible de retirer les capitaux employés
à la culture des terres, dans le cas où l’on augmenterait le taux de
l’impôt, la partie qui tomberait sur l’agriculture serait payée, pen-