Full text : Oeuvres complètes

cil.  XXL  -  DES  PROFITS  ET  DE  L’iNTÉRÉT  DES  CAPITAUX.  207
«  établis  dans  la  société,  la  même  concurrence  doit  produire  le  même
»  effet  dans  tous.  *

der  leurs  sueurs  du  jour  et  du  lendemain.  Pour  ceux-là,  au  contraire,  le  bienêtre
  s’accroît,  et  il  faudrait  pousser  bien  loin  l’esprit  de  système,  pour  mettre  la
position  d’un  membre  de  la  vénérable  confrérie  des  merciers  ou  des  drapiers  du
moyen-ñge  au-dessus  de  celle  des  manufacturiers  puissants  qui  remuent  des  'millions ­
  dans  le  Lancashire,  à  Lyon,  à  Mulhouse,  et  qui  nous  étonnent  par  le  faste
de  leur  existence.
Sans  doute  les  capitaux  se  sont  multipliés  à  l’infini  et  sont  allés,  en  s’épanchant ­
  sur  le  monde,  fertiliser,  comme  de  riches  alluvions,  les  contrées  les  plus
pauvres,  les  plus  stériles  sous  le  rapport  industriel.  Sans  doute  cette  multiplication ­
  de  la  richesse  a  dû  en  amener  la  dépréciation;  sans  doute,  nous  marchons
vers  une  époque  où  les  prodiges  de  la  mécanique,  commanditée  par  le  capital,
feront  de  la  chaussure,  du  vêtement,  de  la  nourriture,  des  choses  presque  aussi
gratuites  que  l’air,  le  ciel,  le  soleil,  l'eau,  l’électricité  :  mais  qui  voudrait  proscrire ­
  ces  bienfaits,  et  qui  ne  voit,  d’ailleurs,  que  si  les  valeurs  sociales  sont  devenues ­
  plus  nombreuses  et  out  baissé  de  prix,  elles  sont  devenues,  par  cela  même,
plus  facilement  accessibles?  Qu’importe  à  un  capitaliste  de  voir  dépérir  entre  ses
mains  des  richesses,  si  ces  richesses  se  reproduisent  à  l’infini  ;  que  lui  importe  de
posséder  100,000  fr.,  qui  lui  rapportent  10  p.  0/0,  ou  200,000  qui  produisent  un
intérêt  de  5,000  fr.  ;  que  lui  importe  encore  de  vendre,  à  frais  égaux,  dix  aunes
de  brocard  à  100  fr.  ou  vingt  auues  à  50  fr.?  Sa  situation  sera  la  même,  tandis
que  la  société  en  masse  aura  hérité  de  cette  abondance  qui  s’infiltrera  peu  à  peu
dans  ses  rangs  les  plus  infimes.  Déplorer  cet  avilissement  des  objets  de  consommation, ­
  ce  serait  donc  déplorer  la  gratuité  des  rayons  solaires,  des  forces  naturelles, ­
  des  fleuves  ;  ce  serait  méconnaître  que  la  valeur  est  une  chose  abstraite,
une  véritable  équation  établie  entre  les  frais  de  production  et  la  demande  des
différents  produits,  —  rien  de  plus  ;  ce  serait,  en  un  mot,  sacrifier  la  substance
à  l’attribut,  la  réalité  à  l’idéal,  et  lâcher  niaisement  la  proie  pour  courir  après
l’ombre.  Loin  de  s’apitoyer  sur  la  dépréciation  des  capitaux,  il  faut  donc,  au
contraire,  s’en  réjouir  au  nom  de  toutes  les  classes  de  la  société  ;  car  cette  dépréciation ­
  indique  qu’ils  se  sont  multipliés,  et  cette  multiplication  indique  qu’ils  se
distribuent  à  un  plus  grand  nombre  d’individus.  Qui  dit  valeur  excessive  d’un
produit,  dit  monopole,  consommation  restreinte,  et  par  conséquent,  industrie
sans  débouchés,  sans  profits  ;  qui  dit  valeur  infime,  dit  consommation  générale, ­
  et  par  suite,  industrie  florissante,  s’appuyant  sur  ces  bases  solides  qui
sont  les  besoins  de  tous.  Si  bien  que  l’époque  la  plus  prospère  pour  la  société
sera  celle  où  les  ateliers,  sans  cesse  en  activité,  produiront  avec  une  sorte
de  fièvre;  où  le  travail,  partout  recherché,  obtiendra  de  forts  salaires;  où
les  produits,  inondant  les  marchés,  s’y  vendront  à  assez  bas  prix  pour  que  les
plus  pauvres  y  puissent  atteindre,  et  assureront  ainsi  aux  manufacturiers  la
clientèle  des  masses,  la  seule  qui,  en  réalité,  puisse  commanditer  sûrement  une
entreprise.
Voilà  les  conclusions  auxquelles  eût  été  conduit  Ricardo  s’il  eût  étudié  de  plus
près  les  faits  et  en  eût  fait  une  analyse  plus  nette,  plus  exacte.  Il  n’eût  pas  abouti
            
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