Full text : Oeuvres complètes

cil.  XXIII.  —  DE  L’OPiniON  DE  M.  MALTllUS  SLU  LA  DENTE.  383
C’est  avec  raison  que  dans  ce  passage  on  fait  dépendre  le  prix  réel
d’une  denrée  du  plus  ou  moins  de  travail  et  de  capital  (c’est-à-dire  de
travail  accumulé)  qu’il  faut  employer  j)our  la  produire.  Le  prix  réel
ne  dépend  pas,  comme  quelques  écrivains  l’ont  prétendu,  de  la  valeur
eu  argent,  ni,  comme  d’autres  l’ont  avancé,  de  la  valeur  estimée  en
blé,  en  travail,  ou  comparée  à  toute  autre  denrée  prise  isolément,  ou
à  toutes  les  denrées  prises  collectivement  ;  ce  prix  ne  dépend,  comme
M.  aialtlius  le  dit  avec  raison,  que  «  de  la  j)lus  ou  moins  grande  somme
"  de  capital  et  de  travail  qu’il  faut  employer  pour  la  production.  »
Parmi  les  causes  de  la  hausse  des  rentes,  M.  Malthus  compte  «  un
»  accroissement  tel  de  la  population  qu’il  en  résulte  une  baisse  des
»  salaires.  »  Mais  si  à  mesure  que  les  salaires  baissent,  les  profits  du
capital  s’élèvent,  et  que,  pris  ensemble,  ils  aient  toujours  une  même
valeur,  aucune  baisse  des  salaires  ne  pourra  faire  monter  les  rentes,
car  elle  ne  diminuera  ni  la  part,  ni  la  valeur  de  la  part  du  produit
qui  doit  appartenir  au  fermier  et  au  manouvrier  ensemble,  et  par
conséquent  elle  ne  peut  point  laisser  une  part  plus  forte  ni  une  valeur ­
  plus  considérable  pour  le  propriétaire.  À  proportion  qu’on  dépensera ­
  moins  en  salaire,  il  en  restera  plus  pour  les  profits,  el  vice
versâ.  Ce  partage  se  fera  entre  le  fermier  et  les  travailleurs,  sans  que
le  propriétaire  sen  mêle;  et  dans  le  fait,  c’est  une  affaire  dans  la-  *
quelle  rien  ne  l’intéresse,  si  ce  n’est  la  manière  dont  un  certain  mode
de  partage  peut  plus  qu’un  autre  contribuer  à  faciliter  de  nouvelles
accumulations,  et  à  augmenter  la  demande  des  terres.  Si  les  salaires
baissent,;cc  sont  les  profits  qui  monteront  et  non  les  rentes.  Le  surhaussement
  des  fermages  et  des  salaires,  et  la  diminution  des  profits
sont  en  général  les  effets  inévitables  des  mêmes  causes,  et  ces  causes
sont  :—  la  demande  croissante  de  subsistances,  la  quantité  plus  considérable ­
  de  travail  nécessaire  pour  les  produire,  et  conséquemment
leur  renchérissement.  Le  propriétaire  pourrait  renoncer  à  toute  sa
rente,  sans  que  les  travailleurs  en  tirassent  le  moindre  profit.  Si  les
travailleurs  renonçaient  à  tout  le  montant  de  leurs  salaires,  les  propriétaires ­
  n’en  retireraient  pas  non  plus  le  moindre  avantage  ;  mais
dans  ces  deux  cas,  le  fermier  recevrait  et  garderait  tout  ce  qui  pourrait ­
  être  ainsi  abandonné.  J  ai  tâché  de  faire  voir,  dans  cet  ouvrage,
qu’une  baisse  dans  les  salaires  n’aurait  d’autre  effet  que  de  faire
monter  les  profits.
Lue  autre  cause  de  la  hausse  de  la  rente,  selon  M.  Malthus,  consiste
dans  "  de  telles  améliorations  en  agriculture,  ou  dans  un  surcroît
»  d’efforts  suffisant  pour  diminuer  le  nombre  des  ouvriers  nécessaires
            
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