CHAP. 1. — DE LA VALEUR.
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La valeur du travail n’est-elle pas également variable; et n’est-elle
pas modifiée, ainsi que toutes choses, par le rapport entre l’offre et
la demande, rapport qui varie sans cesse avec la situation du pays?
n est-elle ])as encore affectée par le prix variable des subsistances et
des objets de première nécessité, à l’achat desijuels l’ouvrier dépense
son salaire?
Dans un même pays, pour produire une quantité déterminée d’a
liments ou d objets de ¡iremière nécessité, il faut peut-être dans un
temps le double du travail qui aurait sufli dans une autre époque éloi
gnée ; et il se peut néanmoins que les salaires des ouvriers ne soient
que fort peu diminués. Si l’ouvrier recevait pour ses gagi^s, à la pre
mière époque, une certaine quantité de nourriture et de denrées i]
n’aurait probablement pu subsister si on la lui avait diminuée. Les
substances alimentaires et les objets de première nécessité auraient
dans ce oas, haussé de cent pour cent, en estimant leur valeur par la
quantilé de travail néeessaire à leur produetinn, tandis que cette va-
leur aurait à peine augmenté si on l’eût mesurée par la quantité de
ra\ad contre laquelle s’echangeraient ces substances.
remarque à l’égard de deux ou de plusieurs
pajs. L on sait qu’en Amérique et en Pologne, sur Ic's dernières
terrc's mises en culture, le travail d’une année donne plus de blé
qu eu Angleterre. Or, en supposant que toutes les autres denrées
soient dans les trois pays à aussi bon marché, ne serait-ce pas une
grande erreur de conclure que la quantité de blé payée à l’ouvrier
doit être dans chaque pays proportionnée à la facilité de la produc
tion.
Si la chaussure et les vêtememts de l’ouvrier pouvaient être fabri
qués par des procédés nouveaux et perfectionnés, et exiger seule
ment le quart du travail que leur fabrication demande actuellement,
ils devraient baisser probablemcmt de soixante-quinze pour cent; mais
loin de pouvoir dire que par là l’ouvrier au lieu d’un habit et d’une
paire de souliers, en aura quatre, il est au contraire certain que son
salaire, réglé par les effets de la concurrence et par l’accroissement
de la population, se proportionnerait à la nouvelle valeur des denrées
a acheter. Si de semblables perfectionnements s’étendaient à tous les
a quantité demandée, restant la même, la valeur échangeable a dû rester la
même aussi. Le blé est un produit qui, par sa présence, crée ses consommateurs,
et qui par son absence les détruit. On n’en peut pas- dire autant de l’or.
J.-B. Say.