Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

83

se  fit  transporter  dans  la  salle  de  la  Diète  de  Pest;  soutenu  à  la  tribune  par
deux  hommes,  il  en  appela  aux  sentiments  guerriers  et  si  profondément
patriotiques  de  ses  concitoyens.  —  Point  d’illusions,  s’écria-t-il,  les  Magyars
sont  entourés  d’ennemis;  ils  sont  seuls  au  monde  contre  la  conspiration  des
souverains  et  des  peuples  qui  les  environnent.  L’empereur  de  Russie  nous
cerne  par  les  Principautés,  et  jusqu’en  Serbie  nous  trouvons  partout  sa
main  et  son  or.  Dans  le  Nord,  des  bandes  armées  de  Slaves  cherchent  à
rejoindre  les  révoltés  de  la  Croatie  et  se  préparent  à  marcher  contre  nous;
à  Vienne,  les  courtisans  et  les  politiques  calculent  le  jour  où  l’on  pourra
remettre  aux  fers  les  Magyars,  les  anciens  esclaves  :  race  indisciplinée  et
rebelle.  O  mes  concitoyens,  c’est  ainsi  que  les  tyrans  ont  toujours  appelé
les  hommes  libres!  Vous  êtes  seuls,  je  vous  le  répète;  voulez-vous  combattre? ­

—  Oui!  oui!  Nous  combattrons  jusqu’à  la  mort  pour  la  liberté  et  la  patrie,
répondirent  les  députés  d’une  voix  unanime.
Et  immédiatement  un  décret  fut  voté,  autorisant  l’émission  de  200  millions ­
  de  papier-monnaie.
Le  gouvernement  impérial  protesta  contre  cette  émission,  la  déclarant
irrégulière  et  nulle.
Kossuth  répondit  en  faisant  décréter  par  la  Diète  la  peine  de  mort  contre
quiconque  refuserait  le  papier-monnaie  hongrois  l .
L’armée  de  Jellachich,  après  avoir  passé  la  Drave,  arriva  au  château  de
Kesthely,  où,  en  1809,  avait  déjà  logé  l’état-major  français.  La  route  va  de
là,  en  longeant  la  forêt  de  Bakony  et  le  lac  Balaton,  jusqu’à  Albe-Royale,  et
d  Albe-Royale  à  Pest.  Jellachich  s’arrêta  à  une  journée  de  la  capitale.
L  approche  de  1  armée  croate  exaltait  les  esprits  à  Pest,  remuait  toutes
les  passions  révolutionnaires.  On  donna  à  Kossuth  des  pouvoirs  illimités.
Mais  tout  se  fit  au  nom  du  roi,  sans  que  le  mot  de  république  fût  prononcé. ­
  Kossuth,  dans  une  de  ces  harangues  imagées  et  brûlantes  dont  il
a^ait  le  secret,  adjura  les  députés  de  venir  avec  lui,  «  la  pelle  à  la  main,
tiavailler  aux  fortifications  de  la  ville,  déplacer  les  pavés,  élever  des  barricades, ­
  tandis  que  les  femmes  feraient  chauffer  au  haut  des  maisons  de  la
poix  et  de  1  huile  bouillante  pour  les  jeter  sur  l’ennemi  »  .
On  rappela  cinq  ou  six  mille  hommes  du  bas  Danube  ;  les  jeunes  gens  de
Pest,  la  garde  nationale,  les  députés,  se  réunirent  à  ces  troupes;  des  paysans
accoururent,  armés  de  faux,  et,  poussés  par  un  souffle  d’ardent  patriotisme,
*  Je  possédé  un  de  ces  billets  :  c’est  un  carré  de  papier  rose,  sans  autre  ornement  que  la
signature  de  Kossuth.
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.