Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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comme  des  dés.  Le  chemin  décrit  un  demi-cercle  au  milieu  des  bosquets  et
des  vergers,  puis  pénètre  dans  une  seconde  vallée,  celle  de  Tuskanac.  Çà  et
là  sur  des  collines  riantes,  piédestaux  de  verdure,  s’élèvent  d’anciennes
ruines  féodales  dont  il  ne  reste  plus  que  des  pans  de  murs  déchiquetés,
comme  des  fragments  de  mâchoires  monstrueuses  d’animaux  fossiles.  Dans
le  lointain,  le  Sleimen  dresse  sa  croupe  hérissée  de  sapins  noirs.
Le  soleil  était  doux,  l'air  bleu,  et  il  y  avait  sur  les  haies  un  charmant
mélange  de  fleurs  épanouies  et  de  boutons  entr’ouverts.  Aux  arbres  pendaient ­
  des  fruits  naissants,  encore  dans  leurs  langes  cotonneux.  On  était  à
cette  époque  de  l’année  qui  est  comme  le  dernier  couplet  de  la  chanson  du
printemps,  et  qui  rappelle  la  transition  de  l’adolescence  à  la  jeunesse.  L’été
va  commencer.  La  nature  a  la  beauté  d’une  mère  qui  sent  tressaillir  en
elle  le  fruit  de  ses  entrailles.  Une  teinte  plus  sérieuse  est  répandue  sur  les
prés  et  leurs  hauts  herbages;  les  feuilles,  qui  ont  atteint  leur  croissance,
luisent  d’un  beau  vernis  bronzé.
J’étais  seul.  Lentement  le  crépuscule  tombait  comme  une  poussière
grise,  et  machinalement  j’avais  ralenti  le  pas.  Qui  n’a  savouré  le  charme
intime  de  ces  promenades  solitaires,  à  la  tombée  de  la  nuit,  au  milieu  d’un
paysage  inconnu,  aux  abords  d’une  ville  où  l’on  arrive  pour  la  première
fois?  Ou  regarde  autour  de  soi  avec  des  yeux  attendris,  on  écoute  les  oiseaux
comme  pour  comprendre  ce  qu’ils  se  disent,  et  on  leur  adresserait  la  parole,
s’ils  ne  s’envolaient  à  votre  approche.  Puis,  tout  à  coup,  le  regard  se  noie
dans  les  profondeurs  pâlissantes  de  l’horizon,  et  c’est  la  patrie  qu’on  revoit,
la  famille  absente,  Paris  si  animé,  si  vivant,  si  brillant  à  cette  heure,  alors
que  les  boulevards  s’encombrent  d’une  foule  bigarrée,  que  les  voitures  passent ­
  rapides  comme  la  roue  de  la  Fortune,  que  les  bureaux  d’omnibus  ressemblent ­
  à  des  ruches  qui  essaiment,  et  que,  du  milieu  des  ponts,  on  voit
le  soleil  se  coucher  sur  les  collines  du  Trocadéro,  en  faisant  surgir  dans  la
brume  dorée,  sur  les  bords  de  la  Seine,  le  merveilleux  mirage  d  une  cité
orientale  avec  ses  minarets  élancés  et  ses  hautes  tours  blanches,  qu  on
prendrait  pour  un  grand  vol  de  colombes  arrêtées  dans  l’azur.  —  Heures
du  soir,  douces  heures  de  nostalgie  et  de  rêverie  après  la  journée  de  travail
et  de  fatigues,  vous  ouvrez  la  porte  d’ivoire  des  illusions  et  des  songes,  et
vous  emportez  l’âme  sur  les  petits  nuages  roses  qui  filent  comme  des  voiles
dans  l’océan  du  ciel!
La  nuit  était  tombée.  Un  souffle  plus  embaumé,  plus  pénétrant,  menait
des  champs,  et  une  mélancolie  caressante  sortait  des  bruits  moulants  et  ^
adieux  des  êtres  et  des  choses  se  disposant  au  sommeil.  Les  coupo  ^
arbres,  un  instant  auparavant  bourdonnantes  de  chansons  corn
            
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