Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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DE  L’ADRIATIQUE  AU  DAIS  U  BE.

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montrant,  devant  nous,  sur  notre  droite,  une  maison  à  deux  étages,  de
forme  carrée,  et  qui,  avec  ses  petits  murs  blancs  et  ses  petites  fenêtres
noires  munies  de  barreaux  de  fer,  ressemblait  à  un  énorme  dé.
—  G  est  la  prison  du  comitat.
—  La  prison!...  J’aimerais  bien  la  voir.
Mais  je  crois  que  ce  sera  facile.
M  L...  fit  un  signe  au  cocher,  les  chevaux  s’arrêtèrent;  nous  descendîmes, ­
  et,  franchissant  une  porte  de  bois  qui  n’était  pas  même  fermée,
nous  entrâmes  dans  la  cour,  où  le  geôlier,  gros  homme  à  mine  fleurie,  les
cheveux  coupés  en  brosse,  la  tournure  militaire,  son  trousseau  de  clefs
attaché  au  côté,  fumait  son  chibouk  entre  deux  gendarmes.
Monsieur  est  étranger,  lui  dit  M.  L...  en  me  présentant;  il  voudrait
visiter  votre  prison.
Volontiers,  hum  !...  hum  !...  très-volontiers,  fit  le  geôlier  en  toussant. ­
  Damné  tabac!  Ils  le  font  maintenant  d’une  force  !  Drôle  de  manière  de
racheter  sa  mauvaise  qualité!
Il  s’était  levé.  Il  monta  en  soufflant  comme  un  cheval  poussif  les  cinq
ou  six  marches  conduisant  à  une  sorte  de  péristyle  sur  lequel  s’ouvrait  la
porte  de  la  prison.  Sa  plus  grosse  clef  grinça  dans  la  serrure,  des  plaques
et  des  barres  de  fer  tombèrent  avec  un  bruit  lugubre,  et  la  porte  s’ouvrit
en  criant  sur  ses  gonds.  Dans  une  cellule  de  quatre  à  cinq  mètres,  éclairée
par  un  petit  soupirail,  un  jeune  prisonnier  enchaîné  était  assis,  pensif,  sur
un  petit  escabeau.
—  De  quoi  est-il  accusé?  demanda  M.  L...  en  se  penchant  à  l’oreille  du
geôlier.
—  De  plusieurs  meurtres.
Le  geôlier  ouvrit  une  seconde  porte  qui  donnait  dans  la  première
cellule.  Couchée  sur  une  paillasse,  à  côté  d’une  cruche  ébréchée,  une  femme
sanglotait.  Elle  avait  tué  son  mari  d’un  coup  de  hache  et  fait  cuire  son
cadavre.
—  Sera-t-elle  condamnée  à  mort?  demandai-je.
—  Sans  doute.
La  peine  de  mort  n  a  jamais  été  abolie  en  Hongrie.
Les  meurtriers,  les  parricides,  les  infanticides,  sont  pendus.  Autrefois,
les  nobles  ne  pouvaient  mourir  que  par  le  glaive.  On  employait  même  le
glaive  pour  exécuter  les  femmes  nobles.  Pendant  les  trois  jours  qui  précèdent ­
  P  exécution,  le  condamné  à  mort  est  bien  soigné  et  bien  nourri.  A  la
fin  du  troisième  jour,  le  bourreau  lui  apporte  pour  son  souper  un  chapon,
avec  une  ficelle  autour  du  cou.  Jadis,  à  ceux  qui  devaient  être  décapités
            
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