Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA  HONGRIE,  DE  L  ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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ces  soirs  tranquilles  comme  Henner,  le  peintre  poëte,  les  aime  pour
coucher  sur  un  lit  de  gazon,  au  bord  d’une  eau  solitaire  qui  reflète
la  pâleur  azurée  du  ciel,  ses  belles  nymphes  au  corps  si  chaste.
Et,  je  ne  sais  où,  une  petite  source  cachée  et  discrète  faisait  un  bruit
mélodieux  à  peine  perceptible,  comme  le  son  mourant  d’une  flûte  champêtre. ­

Soudain,  sur  la  lisière  du  champ  de  blé  qui  s’étendait  devant  moi,  des
épis  remuèrent,  et  quatre  oreilles  surgirent  droites  et  attentives.  C’étaient
deux  levrauts  sortant  sans  méfiance  de  leur  cachette,  et  qui  venaient  se
promener  au  clair  de  lune,  comme  un  couple  de  l’école  allemande.  Ils
étaient  fort  gracieux,  et  se  livraient  à  de  si  jolies  gambades  qu’il  aurait
fallu  avoir  un  cœur  de  pierre  pour  tuer  un  de  ces  gentils  animaux.  J’avais
jeté  mon  fusil,  afin  de  les  mieux  regarder.  Ils  étaient  charmants  et  d’une
gaieté  folle;  ils  se  lutinaient,  se  cajolaient,  se  faisaient  de  petites  grimaces, ­
  se  baisaient  au  museau,  se  frôlaient  aux  longues  herbes,  puis  se
fuyaient,  se  rejoignaient,  agitant  leur  queue  comme  une  houppette  de  poils
blancs  ;  et  tout  à  coup,  dans  un  sentiment  de  crainte  subite,  ils  s’asseyaient
sur  leur  derrière  et  dressaient  leurs  oreilles  comme  deux  cornets  de  papier ­
  gris;  mais  rien  ne  remuait  autour  d’eux,  et  alors,  reprenant  leurs
ébats  juvéniles,  leurs  petits  tours  et  leurs  jolies  gambades,  ils  sautaient,
gaminaient,  se  renversaient,  se  bousculaient,  se  roulaient  dans  l’herbe
comme  deux  écoliers  qui  jouent.
—  Pif!  pouf!
Les  pauvres  petits  !  Quelle  frayeur  !  G  était  mon  compagnon  qui  venait
de  tirer.  Ils  détalèrent  comme  des  rats,  en  trois  bonds,  et  rentrèrent  se
cacher  dans  les  blés.
J  allai  à  la  rencontre  du  garde,  qui  venait  de  mon  coté.
—  Touché?  lui  criai-je.
—  Le  diable  se  mêle  ce  soir  de  nos  affaires!  Ah!  les  coquins  !...  Je  serai,
monsieur,  toute  ma  vie  honteux  d’une  pareille  chasse.  Soit  dit  sans  vous
offenser,  nous  sommes  des  mazettes.  Vous  n  avez  pas  seulement  déchargé
\otic  fusil  ;  et  moi,  j  ai  manqué  deux  canailles  de  lièvres...  presque  à  bout
poitant  !...  On  dirait,  monsieur,  que  ces  paroissiens-là  sont  ensorcelés
celle  année.  Il  faut  qu  ils  flairent  la  casserole  de  madame  L...  !  G  est  que,
voyez-vous,  elle  s  entend,  celle-la,  à  les  v  loger  avec  du  thym,  du  laurier,
de  l’échalote  et  du  bon  vin.  Écoutez,  monsieur,  vous  devriez  revenir
en  automne  pour  le  coq  et  la  bécasse...  Les  lièvres,  ça  ne  vaut  pas  le
plomb  !
Le  garde  avait  mis  son  arme  sous  le  bras  ;  comme  il  soutenait  le  canon
            
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