Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE. 21 
d’anciens loups de mer, pilotes ou caboteurs, revenus avec un petit magot 
de leurs voyages périlleux ou de leurs expéditions lointaines. 
Nous entrâmes dans une auberge aux murs crépis à la chaux, au plafond 
peint à fresque; au-dessus de la porte, un coq aux plumes jaunes et rouges, 
dressé sur ses ergots, à la crête posée fièrement de travers, comme un bon 
net phrygien, lançait de sa voix éclatante cette promesse de Gascon, char- 
honnée dans un cartouche partant de son bec : 
Quanto queslo gallo cantara, 
Credenza si fara. 
Quand ce coq chantera, 
Crédit l’on vous fera. 
Une hôtesse accorte nous servit un gentil vin un peu sur, qui nous cha 
touilla le fond du gosier, mais qui avait une si belle teinte de rubis! Les 
tonneaux étaient rangés dans la salle même, sur des chevalets. Sur la caisse 
de la vieille horloge, un peu détraquée et qui se livrait à des tic tac extra 
vagants, on voyait des rangées d’additions tracées avec un morceau de 
craie. A gauche, une porte s’ouvrait sur la cuisine, illuminée d’un grand 
feu devant lequel rôtissaient des chapelets de poulets et des colliers de 
pigeons. Une vieille femme, tenant son fuseau à la main avec une dignité 
de Parque, surveillait la lente rotation de la broche; dans le fond, au 
milieu d’une buée blanche, on apercevait des servantes, les manches 
retroussées jusqu’aux épaules, penchées dans la vapeur d’une cuve, et cou 
lant une lessive. Une jeune fille , les bras levés, dans un mouvement plein 
d harmonie et de grâce, tordait un linge blanc, faisant ruisseler l’eau dans 
un baquet, avec un bruit d’averse. Tout à coup une fusée de rires éclata 
dans le corridor; des têtes curieuses, aux joues en fleur, aux regards pétil 
lants, s’avancèrent vers la porte entre-bâillée, puis se retirèrent précipi 
tamment, et un bruit de pas légers et de robes frôlées s’éteignit au bout du 
couloir. C’était la plus belle moitié du village qui était venue s’enquérir si 
les « gars » attendus pour une petite fête étaient arrivés. 
Nous redescendîmes â Fiume un peu avant le coucher du soleil. La 
musique jouait sur la place du Port ; toute la ville se promenait pour respi 
rer la brise de mer qui commençait â souffler, apportant la fraîcheur du 
large; les fenêtres s’étaient ouvertes â tous les étages, et presque chaque 
croisée encadrait une jolie tête. Le type des femmes de Fiume se rapproche 
de celui des Vénitiennes. Devant les cafés, les tables étaient garnies de 
consommateurs. Enfin la musique cessa, le soleil disparut derrière la
	        
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