Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA  HONGRIE,  DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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réciproquement  le  service  de  se  débarrasser  les  cheveux  de  leurs  innombrables ­
  habitants.  Il  y  avait  en  outre  une  troupe  de  comédiens  ambulants,
un  charlatan  français,  un  poète  italien,  un  «  petit  homme  qui  devait  être
un  espion  russe»  ,  un  juif  avec  sa  tille  :  tous  deux  habillés  à  la  turque.
Dans  la  cabine  de  l’avant,  une  trentaine  de  nobles  magyars,  groupés  autour
de  diverses  tables,  jouaient  aux  cartes  en  parlant  latin.—Aujourd’hui,  les
nobles  hongrois  parlent  très-bien  français  et  se  font  habiller  par  des
tailleurs  parisiens.  Quant  aux  étrangers  qu’on  rencontre  sur  les  bateaux  à
vapeur  du  Danube,  ce  sont  en  partie  des  commis  voyageurs  allemands,
des  marchands  de  bœufs,  ou  des  spéculateurs  français  qui  viennent  en
Hongrie  acheter  des  «  vins  de  Bordeaux  »  .
Le  Danube,  après  avoir  quitté  la  grande  plaine  ou,  eu  1683,  Sobieski  et  le
duc  de  Lorraine  infligèrent  une  seconde  et  dernière  défaite  aux  Turcs,  déjà
battus  devant  \ienne,  se  resserre  et  pénètre  dans  une  contrée  romantique,
abrupte  et  close.  Plus  de  villages,  plus  de  clochers,  plus  de  petite  cheminée
perdue  parmi  les  saules  et  dévidant  dans  le  ciel  bleu  le  fil  noir  de  sa  fumée  ;
rien  que  des  rives  encaissées  ou  les  Ilots  mugissent  et  grondent  d’un  air
rechigné,  des  blocs  de  rochers  émergeant  comme  des  récits  du  sein  du  fleuve,
des  falaises  où  des  sapins  rabougris  se  cramponnent  en  torsions  désespérées,
des  oiseaux  de  proie  tourbillonnant  au-dessus  d’une  gorge  perdue,  des
horizons  murés  par  des  parois  de  pierre  et  fermés  par  de  hautes  palissades ­
  de  sapins.
Cependant  des  vestiges  de  vie  et  de  civilisation  passée  se  rencontrent  au
milieu  de  ce  désert.  Sur  un  rocher  fauve,  brûlé  et  plaqué  de  taches
de  soleil,  serpentent  encore  quelques  murailles  en  poussière  soutenues ­
  par  de  vieilles  tours.  Ce  sont  les  ruines  de  Visegrad.  Les  Romains
«liaient  élevé  là  un  castel  qu  ils  avaient  appelé  Castrum  album,  Château-Blanc.
  Puis  les  moines  y  bâtirent  des  églises  et  des  couvents,  et  les  rois
prirent  aux  moines  leurs  couvents  et  leurs  églises  pour  construire  à  la  place
b'  plus  splendide  château  de  Hongrie,  dans  lequel  la  couronne  de  saint
Etienne  fut  longtemps  gardée.
Que  ne  donnerait-on  pas  pour  voir  ces  pierres  écroulées  reprendre  leur
place,  former  a  nouveau  des  murs,  des  remparts,  des  terrasses,  des  tours,
des  créneaux,  des  donjons,  des  portiques,  des  balcons,  s’arrondir  en  ogives,
8  épanouir  en  écussons,  se  découper  en  dentelles  de  fines  sculptures,  et
reconstituer  1  architecture  prodigieuse  de  ce  château  de  légende,  avec  le
faste  et  1  animation  de  ses  beaux  jours,  alors  que  ses  jardins  arrosés  de  jets
<1  eau  retombant  en  pluie  de  perles,  ornés  de  grottes,  peuplés  de  statues
•  le  dieux  et  de  déesses,  étaient  consacrés  à  la  glorification  de  l’art,  et  que,
            
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