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régime était absolument féodal. L’Empereur conservait le domaine direct,
le colon avait le domaine utile, c’est-à-dire un fief perpétuel et irrévo
cable. Le Gonfinaire ne recevait de paye qu’en temps de guerre ou de
corvée.
Le matin, on voyait les habitants des villages partir, divisés en deux
bandes : les uns, sac au dos et fusil en bandoulière, s’en allaient à la fron
tière; les autres, également en uniforme, mais la bêche ou le râteau sur
l’épaule, allaient travailler aux champs, qu’ils cultivaient en commun. Le
Gonfinaire devait à l’État une semaine sur trois. Il se rendait, avec sa pro
vision de vivres, à son corps de garde, à sa czadak, espèce de cabane en
planches souvent haut perchée sur pilotis. A l’époque des crues de la Save,
il était comme enfermé dans cet observatoire. En hiver, les grand’gardes,
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Un czadak.
le long des collines ou sur les plateaux couverts de neige, étaient fort
pénibles. Mais le Confinaire ne se plaignait pas; cette vie agricole et guer
rière avait pour lui sa poésie.
L’ennemi s’avançait-il à la faveur de la nuit, il allumait un petit baril
de résine fixé au bout d’une perche, et, à ce signal, toute la frontière s’en
tourait d’un cordon de feu.
Dès l’âge de vingt ans, tout homme né dans la zone militaire était soldat
pour la vie. Le père ne pouvait pas, sans l’autorisation du colonel, faire
apprendre un métier a son fils. Ses filles étaient déshéritées de droit quand
elles ne devenaient pas femmes de soldats. Il n’était pas rare de les voir
prendre le mousquet pour se rendre sur la frontière turque et y faire leurs
jours de garde à la place de leur mari.
Au lieu d’être partagé en cercles ou districts, le pays était divisé en
régiments ou communes militaires; le colonel placé à la tête de l’état-